Vous êtes ici

Quartier Bercy Charenton

L’importance de la qualité de l’air dans les nouveaux projets d’aménagement urbain

Aménagement durableQualité de l'airMobilité
ParticulierProfessionnel
Publié le 13 septembre 2018
par Paula Torrente

Le saviez-vous ? Lorsqu’un nouveau projet d’aménagement comme le quartier Bercy Charenton se dessine, la qualité de l’air est un élément clé dans les prises de décision. Logements, crèches, et écoles sont ainsi positionnés à des endroits stratégiques, pour protéger les populations les plus sensibles. Focus sur la démarche de la Ville de Paris.

Limiter de nouveaux déplacements motorisés et protéger la population

Pourquoi la prise en compte de la qualité de l’air est particulièrement importante dans le cadre des projets d’aménagement ? D’une part, il est nécessaire de maîtriser l’impact du projet sur son environnement, en veillant à ce qu’il ne provoque pas de nouvelles émissions. Il s’agit par exemple de limiter la création de nouveaux déplacements motorisés ou de choisir des modes de chauffage non polluants. D’autre part, il est indispensable de s’assurer que les nouveaux lieux de vie créés offrent une qualité de l’air satisfaisante aux personnes qui y vivront, notamment lorsque le secteur à aménager est proche d’axes de circulation importants.

A Paris, c’est l’Agence d’Ecologie Urbaine qui se charge de ces questions. Cette agence est impliquée dans les opérations d’aménagement de la Ville de Paris, afin d’aider les directions pilotes d’aménagements (espaces verts, espace public, équipements…) à bien prendre en compte les enjeux environnementaux.

Concrètement, cet apport d’expertise est au cœur des missions de la Division Impacts Santé – Environnement (DISE). Elle agit dans les domaines des ondes électromagnétiques, de la pollution des sols, de l’environnement sonore et de la qualité de l’air.

Afin de préfigurer la qualité de l’air dans un projet d’aménagement à sa livraison, la DISE réalise des modélisations de la situation future, qui permettent de visualiser les niveaux de pollution une fois le projet mené à son terme.

Si cette modélisation intervient suffisamment tôt dans l’élaboration du projet, elle permet d’ajuster les formes urbaines afin de préserver certaines zones et de positionner les éléments de programme (crèches, écoles, logements…), pour minimiser l’exposition des personnes dans le nouveau quartier et notamment celle des populations les plus sensibles.

Plusieurs quartiers parisiens aménagés selon ce principe

Huit opérations d’urbanisme ont bénéficié à ce jour de ces études, dont Chapelle Charbon, Bercy Charenton, Python Duvernois, Paul Valery ou Bédier. Aussi, deux études « interdépartementales » sont prévues en partenariat avec le Comité Départementale de Seine-Saint-Denis sur les « portes du 20e » et Porte de la Villette.

Le travail effectué sur l’opération Bercy Charenton a ainsi permis de montrer les zones impactées par le boulevard périphérique, le quai de Bercy et l’échangeur du quai de Bercy dans la configuration projetée, afin d’y disposer les bâtiments tertiaires, pour lesquels existent des solutions de protection contre la pollution de l’air extérieur. Les éléments plus sensibles du programme de l’opération (logements, espaces verts et équipements recevant des enfants) bénéficient ainsi d’une qualité de l’air préservée. Les documents produits dans l’étude d’impact ont facilité le dialogue avec la commission d’enquête lors de l’enquête publique.

Modélisation du quartier Bercy Charenton /©Mairie de Paris

Zoom : Comment est réalisée la modélisation de la qualité de l’air d’un quartier ?

Il faut savoir que la prise en compte de la qualité de l’air dans le cadre d’un projet d’aménagement est délicate. En effet, contrairement à d’autres domaines tels que le bruit ou la pollution des sols, il n’existe pas de méthodologie réglementaire bien déterminée. Les maîtres d’ouvrage se conforment généralement à une circulaire du ministère de l’écologie relative aux créations d’infrastructures routières, mal adaptée aux projets d’urbanisme. Aussi, cette circulaire est ancienne (2005) et ne tient pas compte de l’amélioration des outils de modélisation de la qualité de l’air.

De plus, une fois le quartier aménagé, la qualité de l’air ne sera pas celle qu’on y a mesuré avant le projet, car les émissions locales de pollutions auront changé (évolution du parc automobile, des niveaux de circulation…), ainsi que la configuration urbaine. La disposition du bâti peut en effet gêner la dispersion des polluants et faire augmenter localement leur concentration.

La DISE s’est donc dotée d’un outil innovant de modélisation de la qualité de l’air. Il s’agit d’un logiciel qui permet d’évaluer avec précision les concentrations sur l’ensemble d’un quartier, en fonction des sources de pollution locales, de la configuration du terrain (topographie) et du relief des bâtiments.

La modélisation simule les sources locales de pollution, en particulier le trafic routier, et peut les articuler en fonction de la composition du parc routier. Il est donc possible d’anticiper notamment le renouvellement du parc routier avec les normes Euro (en conditions réelles) et réaliser des simulations à diverses échéances (2020, 2025…).

Les émissions sont ensuite dispersées dans l’environnement en trois dimensions, en fonction des conditions météorologiques dominantes à Paris. Cela permet d’obtenir, sur l’ensemble du secteur, les concentrations issues des sources locales, que l’on pourrait appeler la pollution de proximité, et qui s’ajoute à la pollution de fond parisienne.

La modélisation peut ensuite être intégrée à l’étude impact environnementale.

Cet outil peut également être utilisé pour des opérations d’aménagement de l’espace public qui modifient l’organisation des flux de véhicules, afin de cartographier les impacts positifs et négatifs à différents points.

L’outil peut par ailleurs être utile aux évaluations « ex post », c’est-à-dire après achèvement de l’opération. Des études sur l’aménagement de la place de la République et du tramway Ivry Chapelle ont ainsi été réalisées. Elles ont permis de vérifier la validité des études préalables et le degré de réalisation des objectifs annoncés de ces projets.  

Autres actualités