Consommation durable et objectif zéro déchet

Par leur fabrication et leur traitement en tant que déchets, les biens que nous consommons génèrent des gaz à effet de serre responsables du changement climatique. Le nouveau Plan Climat prévoit de faire de Paris une ville exemplaire en terme de consommation alimentaire durable et de valorisation de ses déchets, avec un objectif zéro déchet en 2050.

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Publié le 05 Juillet 2018
par Agence Parisienne du Climat

Tout au long de son cycle de vie, un bien de consommation génère des gaz à effet de serre. A Paris par exemple 18% des émissions de GES proviennent des activités extramuros du secteur alimentaire : via la production (agriculture/élevage), le transport jusqu’à Paris intramuros et la transformation industrielle des produits. L’objectif du nouveau Plan Climat est donc d’ici 2030 de réduire de 40% de ces émissions via le développement d’une production alimentaire locale et de circuits courts. Une meilleure gestion des déchets à la source et leur valorisation contribueraient aussi à cette réduction et permettraient de faire de Paris une ville de consommation responsable.

Vers une autonomie alimentaire à Paris ?

Pour s’approvisionner en nourriture, la capitale est dépendante d’autres territoires. Si 70% des denrées alimentaires consommées à Paris proviennent de la France, et surtout des régions du Bassin parisien (Normandie ou les Hauts-de-France), elle reste très dépendante d’autres continents pour ses fruits et légumes. Développer des filières agro-alimentaires durables à Paris et respectueuses de l’environnement est donc l’objectif du nouveau Plan Climat pour sortir de cette dépendance. Voici les mesures proposées pour renforcer l’autonomie alimentaire de la capitale :

  • Développer des surfaces cultivées biologiques : d’ici 2030, la production agricole francilienne devra atteindre 20% de surfaces agricoles utiles biologiques, et jusqu’à 30% d’ici 2050. Eau de Paris prévoit notamment sur ses aires d’alimentation de captage d’eau potable une augmentation de 67% des surfaces cultivées en bio et 60% de culture durable d’ici 2020.
  • Promouvoir les circuits courts : le but est de reconnecter les Parisien.ne.s aux producteurs et de valoriser les produits de qualité et du terroir. Depuis 2017, des partenariats sont déjà développés par la Ville entre sa restauration collective et les agriculteurs présents sur les aires d’Eau de Paris. Ces circuits courts seront aussi valorisés via la création d’AMAP, Association de Maintien de l’Agriculture Paysanne, dans des écoles dès 2018 et par des partenariats avec des communes hors de Paris.
  • Développer des halles alimentaires : l’objectif est double soit démocratiser l’accès à des produits sains, de saison, respectueux de l’environnement et provenant de circuits courts, tout en garantissant aux producteurs un juste prix qui resterait accessible à tous. Ces marchés seront installés notamment dans les quartiers politiques de Paris.
  • Promouvoir l’agriculture urbaine : La Ville développera l’installation de projets d’agriculture urbaine et de permaculture. L’idée serait d’investir à la fois la terre, les toits et les murs des bâtiments municipaux. Des appels à projets seront lancés pour mobiliser des acteurs, propriétaires ou partenaires, comme les Parisculteurs depuis 2016.

Potager au Jardin des Plantes
Potager au Jardin des Plantes

  • Approvisionnement garanti en cas de crise : l’approvisionnement alimentaire sera garanti en cas de crise : catastrophes naturelles, crise sociale, technologique… Le but est de faciliter les échanges sur les stocks alimentaires disponibles et leurs localisations entre les différents acteurs (services de gestion de crise, les opérateurs, les distributeurs et l’État).

Changer les habitudes alimentaires des Parisiens

Réduire son empreinte carbone à travers l’alimentation implique de revoir ses habitudes alimentaires. Mais il est aussi indispensable de prendre en compte les plus démunis. Amener les Parisiens vers un régime bas carbone qui respecte l’environnement et leur santé doit passer par une moindre consommation de viande ou plus généralement de protéines animales, et plus de végétaux, mais aussi par une forte sensibilisation à d’autres façons de consommer accessibles à tous.

Vers un régime alimentaire bas carbone

Le terme « flexitarien » désigne un régime alimentaire privilégiant une plus grosse quantité de végétaux et moins de viande et de poisson. La Ville de Paris souhaite promouvoir ce régime alimentaire afin d’atteindre les objectifs fixés pour la réduction de GES. Un repas « flexitarien » émettrait 56% moins de gaz à effet de serre qu’un repas à base de viande. Ce régime serait bénéfique à plusieurs niveaux : valorisation des circuits courts, respect de l’environnement, meilleur pour la santé et garantie d’un revenu aux producteurs.

La Ville veillera au développement de menus végétariens auprès des restaurateurs parisiens, à l’image de ses propres restaurants collectifs municipaux. Elle invitera aussi les acteurs de la restauration collective sur le territoire à organiser une journée Veggie (sans viande ni poisson).

Paris adoptera en 2018 une stratégie d’alimentation durable ayant pour objectif de valoriser un système alimentaire durable, diversifié, afin de s’adapter aux effets du changement climatique. A travers son Plan alimentation durable, Paris souhaite aussi porter des actions sur tout le territoire parisien et au-delà, en lien avec les acteurs privés et publics de l’alimentation.

Eveiller les consciences par la sensibilisation

Afin d’accompagner au mieux les Parisiens dans ce changement d’habitude : privilégier les circuits courts, les produits issus de l’agriculture biologique, une alimentation moins carnée, … la Ville prévoit des actions de sensibilisation, pour certaines destinés aux plus démunis. Voici ce qu’elle souhaite mettre en place :

  • Des fermes urbaines pédagogiques dès 2018 : afin d’éduquer aux métiers de l’agriculture et de l’alimentation, ces fermes prendront place dans les grands espaces verts de Paris intramuros.
  • Le développement des jardins partagés. Il existe aujourd’hui plus d’une centaine de jardins partagés à Paris dans différents arrondissements. Ce type de projet nait aussi progressivement au cœur des logements sociaux. Retrouvez les jardins partagés près de chez vous.

Jardin partagé Square d’Aquitaine
Jardin partagé Square d’Aquitaine ​

  • Des formations à la permaculture : il s’agit d’inciter les Parisiens à s’engager dans ce type de culture qui permet de produire des denrées alimentaires de façon écologique sur des petites surfaces. Depuis 2017 ces formations ont lieu à l’école du Breuil en lien avec la Ferme de Paris et dans les ateliers de jardinage.
  • Des ateliers cuisine et animations sur les marchés : à destination des populations démunies, ces ateliers ont pour but de valoriser la confection de repas à partir de produits de saison et de légumineuses, des protéines peu chères et peu émettrices de gaz à effet de serre.
  • Des cuisines collectives : afin de permettre aux populations démunies vivant à l’hôtel, hébergées ou n’ayant pas d’espaces pour cuisiner d’avoir accès à des denrées fraiches et locales.

Réduire les déchets à la source

Notre quantité de déchets a un impact conséquent sur les émissions de gaz à effet de serre, car une fois recyclés, il faut les détruire. S’il y a une réduction du volume des poubelles des Parisiens ces dernières années, certains déchets peuvent encore être évités : emballages, déchets alimentaires, … Le nouveau Plan Climat vise la réduction des déchets à la source.

Fin des emballages jetables : Avec des systèmes comme la consigne, la vente en vrac, et l’eau du robinet potable, les emballages jetables ne sont plus nécessaires. De plus l’achat se fait selon le besoin du consommateur, donc évite le gaspillage. L’objectif est d’atteindre 1 magasin 100% vrac pour 100 000 habitant d’ici 2030.

Arrêter le gaspillage : Un parisien jette en moyenne 26 kilos de nourriture par an. La mise en place d’un dispositif de récupération-transformation-don d’ici 2030 permettrait de conjuguer ce problème avec l’aide alimentaire. Il s’agit de collecter les invendus et de les redistribuer via des associations spécialisées.

Promouvoir le réemploi et la réparation : la Ville soutiendra l’extension du réseau des recycleries parisiennes. Elle vise la création de 20 recycleries d’ici 2020. Ces lieux collectent les objets inutilisés et leur donnent une seconde vie en les mettant en vente. Une étude sur la création d’un « cluster Refabriquer à Paris » sera lancée d’ici 2020. L’idée : réparer ou « re-fabriquer » en petites séries des objets abandonnés.

Et pour les professionnels ?

Lutter contre l’obsolescence programmée : il s’agit d’une technique des entreprises visant à réduire délibérément la durée de vie d’un produit afin qu’il soit jeté et racheté plus vite par les consommateurs. La Ville veut plaider pour renforcer les dispositions de la Loi de transition énergétique de 2015 censée sanctionner ces pratiques. Une certification de durabilité, de recyclabilité et de réparabilité devrait être introduite lorsqu’un produit est mis sur le marché.

Des évènements zéro déchet : Paris accueille de nombreux événements sur son territoire qui peuvent être à l’origine de gaspillage alimentaire et d’une production de déchets importants. D’ici 2020 la Ville travaillera à rendre plus contraignante la Charte des événements éco-responsables adoptée en 2016.

Des chantiers responsables : beaucoup de matériaux de chantiers pourraient être réutilisés plutôt qu’être enfouis ou recyclés ; leurs conséquences en termes de quantité de déchets, d’émissions de GES et de pollution de l’air sont importantes. La Ville incitera les chantiers à s’engager dans une logique d’économie circulaire pour atteindre 50% de chantiers « zéro déchet enfoui » en 2030 et 100% en 2050 et favorisera l’usage des matériaux aux cycles de vie les moins émissifs en carbone comme le bois produit sur le territoire. L’objectif : 30% des projets en filière sèche, c’est-à-dire l’utilisation de matériaux comme le bois, le plâtre et l’acier ne nécessitant pas d’eau, en 2030 et 50% en 2050.

Objectif zéro déchet non valorisé

Un tri efficace des déchets permet aux collectivités de réaliser des économies financières, et procure de ressources de matières et d’énergie. Le nouveau Plan Climat encourage la valorisation de chaque déchet par une collecte efficace, un traitement adapté et le compostage des déchets organiques.

Une collecte efficace : la Ville plaidera pour uniformiser les consignes de tri entre les territoires, et à l’échelle métropolitaine. La sensibilisation à l’échelle locale permettra aussi d’encourager les citoyens au tri et à lutter contre le gaspillage, notamment pour les enfants via des animations périscolaires. Les dispositifs de tri dans l’espace public seront généralisés. Par exemple les dispositifs Trilib’ dont l’objectif est d’engager la pose de 1 000 stations de tri dans Paris en 2020.

Traitements adaptés des déchets : Pour que le tri soit pertinent, Paris souhaite développer les filières de collecte et de traitement spécifiques et adaptées. Dans cet objectif la ville sollicitera l’Observatoire Régional des Déchets d’Île-de-France (L’ORDIF est rattaché à l’IAU depuis août 217) pour créer d’ici 2030 un baromètre des déchets par secteur d’activité. La Ville plaidera aussi auprès de la Métropole pour la création d’une cartographie métropolitaine collaborative des déchets, pour faciliter le recyclage et la réduction des déchets des acteurs économiques.

centre de tri des collectes sélectives situé sur le territoire parisien
Centre de tri des collectes sélectives situé sur le territoire parisien ​

100% de déchets organiques compostés : les déchets alimentaires peuvent facilement être réemployés pour en faire des fertilisants naturels pour les plantations. Depuis 2017 un Plan Compost incite les parisiens à adopter le compostage et d’ici 2020 la Ville engagera la généralisation de la collecte des déchets alimentaires. Des composteurs collectifs seront installés en pied d’immeubles et dans les équipements publics. L’objectif : 1 000 sites de compostage en 2020. Les déchets organiques collectés peuvent aussi être une source d’énergie : le biogaz issu de la méthanisation pourrait produire de la chaleur ou de l’électricité. La Ville testera le dispositif d’ici 2020 avec le soutien de l’ADEME et la Direction Régionale et Interdépartementale de l’Environnement et de l’Énergie (DRIEE).

Une stratégie de tarification incitative ? Afin de contraindre les entreprises et les industriels à limiter leur production de papier, la Ville de Paris plaidera pour une taxe sur les imprimés publicitaires à vocation commerciale. D’ici 2020, la Ville étudiera les possibilités de mise en œuvre de ces dispositifs sur les citoyens. Cela pourrait inciter à une réduction des déchets efficace et une amélioration du tri. 

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