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Bulletin climatique : comment expliquer le temps maussade de l’été 2021 ?

Climat
ParticulierProfessionnelAdhérentPresse
Publié le 16 septembre 2021
par Agence Parisienne du Climat

Alors que l’Europe a été traversée par des vagues de chaleur harassantes, le temps en Ile-de-France était davantage marqué par la pluie, l’air frais, et des sols saturés en eau. En cause ? Un défilé de « gouttes froides », également à l’origine des inondations meurtrières en Belgique et en Allemagne.

Le bulletin climatique de l’Agence Parisienne du Climat est proposé en partenariat avec Météo-France. 

Un été particulier

Difficile à prévoir, le phénomène de « gouttes froides » survenu après un mois de juin particulièrement chaud, est à l’origine de cet été maussade. 

  • Caractérisées par une masse d’air froid où la température oscille entre -20 et -10°C se déplaçant à plus de 5 000 mètres d’altitude, les gouttes froides tournent davantage autour du pôle Nord. 
  • Il arrive néanmoins que ces courants puissent dévier et former une bulle au-dessus de nos têtes dont le diamètre peut varier de quelques centaines à quelques milliers de kilomètres. 
  • Lorsque cet air froid entre en collision avec les températures plus clémentes au sol, cela provoque une instabilité qui entraîne un temps gris, de la pluie et des rafales de vent.
Dans certaines régions du Nord de l’Europe, la stagnation de ce phénomène a entraîné des épisodes orageux et des pluies diluviennes, entraînant une saturation des sols en eau et des crues en cascade, malheureusement parfois meurtrières.

Malgré tout, des températures encore au-dessus des normales de saison

Et pourtant, avec une anomalie de température de +0,5°C par rapport aux normales saisonnières, l’été parisien 2021 renoue avec la série des températures moyennes saisonnières excédentaires commencée en hiver 2016 (interrompue seulement au printemps dernier).

À Paris, le mois de juin 2021, avec une température moyenne de 20,5°C (soit un écart de 2,3°C à la normale) est même le 5e mois de juin le plus chaud jamais enregistré depuis 1900. Il s’inscrit dans le contexte général : dans le monde, le mois de juin 2021 est le 4e mois le plus chaud jamais enregistré.

Une absence de températures excessives 

En revanche, il n’y a eu cet été aucun jour où la température a excédé 35°C, ce que l’on appelle un jour de « forte chaleur ». Il faut remonter en 2008 pour trouver une situation comparable. A cause du phénomène dit des « gouttes froides », la France est restée isolée sur l’échiquier climatique de l’Europe, de l’Afrique du Nord et du bassin méditerranéen qui ont été soumis à des chaleurs excessives.

Le mois d’août, avec seulement sept journées chaudes (températures supérieures à 25°C) est le douzième mois d’août pendant lequel nous avons connu aussi peu de jours de chaleur depuis 1959.

Un été pluvieux

Au total, l’été 2021 est le 10e été le plus pluvieux depuis 1959 en Ile-de-France, avec des pluies inégalement réparties sur la région. 

  • Au nord du département de la Seine-et-Marne, on relève 353,3mm de pluie tombés entre début juin et fin août : c’est la saison (été/hiver/printemps/automne confondus) la plus arrosée derrière l’été record de l’année 2000 depuis 1959. 
  • A Paris-Montsouris, on est loin d’un tel record, mais on atteint tout de même le 16e rang de l’été le plus pluvieux sur les 61 derniers étés, avec 211,4mm de pluie accumulés. 
Cela contraste avec les étés 2018 et 2020 qui avaient été parmi les plus secs jamais enregistrés.

Des épisodes de pluie extrême qui se font de moins en moins rares

Comme l’explique Météo-France, les pluies intenses sont « des pluies qui apportent sur une courte durée (d’une heure à une journée) une importante quantité d’eau. Cette quantité peut égaler celle reçue habituellement en un mois, voire en plusieurs mois. ». En France, « des cumuls de l’ordre de 50 mm en 24 heures dans la plupart des régions de plaine et de l’ordre de 100 mm en 24 heures dans les régions montagneuses sont considérés comme des seuils critiques. Le dépassement de ces seuils peut provoquer, lorsque la nature du terrain s’y prête, de graves inondations. » (source : Météo-France)

Ce tableau compare les intensités de certains épisodes de précipitations sur plusieurs localités impactées par des inondations cet été.

Lieu et date de l’épisode

Pas de temps

Cumuls

Vitry-sur-Seine (94) le 22 juin 2021

2h

86,7mm

Dammartin-en-Goële  (77) le 02 juin 2021

 

48h

129mm

 

1h 99mm

Cologne le 14 juillet 2021

12h

145mm

Zhengzhou (province du Henan) 20 juillet 2021

24h

552mm

Zhengzhou (province du Henan) 20 juillet 2021

1h

200mm (record chinois absolu sur l’ensemble des stations)

Episode cévennol de Barnas du 07 septembre 2010 (obs)

 

1h

92mm

 

2h 147 mm

Gävle (Suède) 18 août 2021

2h

101mm

  • A Dammartin-en-Goële, le 2 juin, on a relevé 99mm en 1h, et à Vitry-sur-Seine 86,7mm en 2h, soit un huitième des précipitations annuelles. Les seuils critiques ont été dépassés, provoquant des inondations. Les deux communes ont été placées en état de catastrophe naturelle.
  • Au cœur de Paris, dans le Parc Montsouris, qui héberge l’une des plus anciennes stations météo au monde, l’intensité de la précipitation a dépassé 100mm/h au cours de plusieurs averses sur des temps très courts (moins de 10 minutes) pendant l’été.

Normalement extrêmement rares en Ile-de-France, ces épisodes sont pourtant des plus en plus fréquents. 

Chaque année, depuis 2016, au moins une commune en Ile-de-France est frappée par un épisode n’arrivant normalement que tous les 100 ans, voire plus.

Carte épisodes pluvieux rares en Ile-de-France depuis 2016

Carte des postes en Ile-de-France ayant subi des événements pluvieux n’arrivant que tous les 100 ans depuis 2016 - Crédits Météo-France

Quels liens avec le changement climatique ?

En 1990, dans le 1er rapport du GIEC, il était déjà mentionné que l’effet de serre accentuerait les deux extrêmes du cycle hydrologique (sécheresses, et fortes précipitations).

Dans ses conclusions, le 6e rapport du GIEC énonce que «Les événements de fortes précipitations s’intensifieront et deviendront plus fréquents. À l’échelle mondiale, les fortes précipitations s’intensifieront d’environ 7 % pour chaque degré de réchauffement.»

Pour anticiper ces épisodes, les collectivités et acteurs du territoire travaillent à la désimperméabilisation des sols, afin d’éviter le rejet des eaux polluées dans les cours d’eau.

  • En permettant à la pluie d’être absorbée dans le sol, directement là où elle tombe, on a moins de chance de saturer les réseaux d’assainissement qui reçoivent les eaux grises mais aussi l’eau de pluie.
  • À Paris, le plan climat fixe l’objectif de 40% de son territoire perméabilisé d’ici 2040.

Une saturation des sols historique

Fin juin et début juillet, l’indice d’humidité des sols en Ile-de-France a presque atteint des records. 

  • Au 1er juillet, l’indice d’humidité agrégé du Val-de-Marne était de 0,67 pour une valeur normale de 0,3 : cela constitue un record absolu depuis 1959, première année où l’on a commencé à calculer cet indice.
  • Les bassins de l’Oise et de l’Aisne, de l’amont de la Seine et de la Marne ont été placés en vigilance crues « jaune » voire « orange » au cours de la 2ème quinzaine… de juillet. Toute la région de l’Ile-de-France est qualifiée selon la statistique de modérément humide à extrêmement humide en moyenne sur juillet : un phénomène qui n’arrive que tous les 25 ans.

 

Saturation des sols en Ile-de-France - Crédits Météo-France

Carte de l’indicateur de l’humidité des sols en Ile-de-France pour le mois de Juillet 2021 - Crédits Météo-France

Un été sans soleil et sous les nuages

La durée d’ensoleillement saisonnière sur l’Ile de France est déficitaire (94% de la normale à Paris-Montsouris). Le déficit d’insolation du cœur de l’été (21 juin au 18 août) a été plus sensible au nord de l’Ile de France et le mois d’août 2021 à Paris est le 9ème mois d’août le moins ensoleillé depuis 1959.

 

 

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