Vous êtes ici

Ilot de fraicheur à Paris

Changement climatique : les acteurs économiques s’adaptent

Climat
ProfessionnelPresse
Publié le 07 novembre 2018
par Paula Torrente

L’été 2018 est fini, l’occasion pour l’Agence Parisienne du Climat de faire le point avec son partenaire fondateur Météo-France et les entreprises adhérentes à l’Agence ce mardi 25 septembre. Invités à partager les différentes façons de faire face à la vague de chaleur, les participants ont évoqué les solutions d’adaptation à déployer pour répondre à l’augmentation de ces événements climatiques. Selon le dernier bulletin saisonnier publié par Météo-France et de l’Agence parisienne du climat, l’été 2018 se place au deuxième rang le plus chaud depuis 1872.

Un été exceptionnellement chaud accentué par le micro-climat parisien

L’été 2018 a été le deuxième le plus chaud qu’a connu Paris depuis 1900, après l’été caniculaire de 2003. De juin à août, les Parisiens ont vécu :

  • Une température moyenne de 22,2°C soit 2,5°C au-dessus de la normale.
  • Des maximales qui ont dépassé 30°C durant 26 jours à Paris-Montsouris (21 jours en 2003).
  • Un épisode caniculaire a eu lieu du 25 au 27 juillet avec une température moyenne de 21°C la nuit et 31°C le jour.

Les hautes températures ont été renforcées par le micro-climat parisien marqué par le phénomène d’îlot de chaleur urbain. Ce phénomène se caractérise par une température en ville plus élevée que dans les zones rurales alentours moins urbanisées ; cette différence est surtout visible la nuit. A Paris, l’îlot de chaleur urbain a lieu toute l’année par une température moyenne de 2°C à 3°C supérieure à celle des zones alentours. Ainsi, fin juillet 2018, en période caniculaire, on a pu constater à Paris +8°C de différence par rapport aux zones rurales franciliennes.

Aujourd’hui, dans le contexte du changement climatique, nous savons que les étés chauds seront plus fréquents à Paris et dans la Région Île-de-France d’ici la fin du siècle. Nous avons actuellement 49 jours estivaux/an ; un chiffre qui pourra doubler d’ici la fin du siècle.

On ne pourra pas dire que l’on ne savait pas et c’est bien là le rôle de l’Agence parisienne du climat, celui de décrypter le changement climatique, de sensibiliser les citoyens et de les outiller avec des solutions concrètes pour agir. Notre deuxième mission est d’accompagner les entreprises pour créer un dialogue et avancer ensemble vers des solutions et des innovations structurantes pour le territoire. Et c’est collectivement que nous devons agir. Il s’agit de passer d’un management de crise à une organisation résiliente avec des stratégies d’entreprises à 1.5°C. Anne Girault, directrice générale de l’Agence parisienne du climat.

Les entreprises s’adaptent et prennent le tournant

Depuis 3 ans la Fédération Française du Bâtiment met en place des protocoles en cas d’intempéries liées à la chaleur. En ce qui concerne l’activité de chantier, les fortes chaleurs impactent prioritairement les salariés du Bâtiment et leurs conditions de travail. Cela suppose notamment d’adapter les heures de travail sur le chantier et d’assurer la bonne hydratation des salariés (3-4 litres d’eau par jour).

En ce qui concerne l’adaptation de la ville, pour Jean-Luc Tuffier, président de la Fédération Française du Bâtiment du Grand Paris « la prise en compte du confort d’été dans les opérations de conception et rénovation des bâtiments doit devenir un réel enjeu ». Pour cela, l’évolution dans les choix des matériaux est indispensable. C’est le cas dans les nouvelles constructions, mais tout l’enjeu reste la rénovation de l’existant « il est indispensable d’accélérer le processus, afin d’être bien préparés au changement climatique ». L’Agence parisienne du climat y travaille avec de la Ville de Paris dans le cadre de la Charte Paris Action Climat, notamment en construisant avec les professionnel de l’aménagement et de la construction un référentiel d’un bâtiment adapté au changement climatique.

Pour CLIMESPACE, qui gère le réseau de froid parisien, la hausse des températures a impacté la sollicitation du réseau : en 2018, le volume de production a augmenté de 10% par rapport à l’année 2017, pour satisfaire la demande. Par ailleurs, l’entreprise suit de près l’augmentation de la température de la Seine puisqu’elle a recours à son eau pour alimenter en partie son réseau de froid. Pour cela, l’eau doit se trouver en dessous de 30°C. En 2017, elle a déjà atteint les 27°C. Pour faire face à ces enjeux et proposer des solutions pour une ville résiliente CLIMESPACE développe de nombreuses actions.

Consciente du rôle qu’elle a à jouer, CLIMESPACE continue de déployer des actions de développement qui permettront d’envisager plus sereinement les futures périodes de fortes chaleurs. Jean-Charles Bourlier, PDG de CLIMESPACE.

Pour CLIMESPACE la solution est dans la climatisation collective, Ainsi, l’entreprise a lancé plusieurs expérimentations dans ce sens, notamment pour la mairie du 9e où une salle de rafraîchissement collectif a été installée à destination des populations fragiles. CLIMESPACE a également expérimenté l’installation d’ilôts de frais dans Paris, composés d’un banc et d’une ombrière raccordés au réseau de froid. Il s’agit de lieux de fraîcheur qui deviennent également des nouveaux lieux de rencontres, créateurs de lien social, au sein de l’espace urbain.

Et c’est justement le lien social qui, selon Sébastien Maire, Haut Responsable de la résilience au secrétariat général de la Ville de Paris, reste un élément indispensable : « Pour s’adapter au changement climatique il ne faut pas compter que sur des solutions technologiques ; les solutions humaines sont également essentielles. En situation de crise, la résilience dépend aussi du lien social, comme la littérature scientifique le reconnait. La solidarité, ainsi que la connaissance de son voisin et de ses vulnérabilités peuvent réduire de façon importante les impacts négatifs d’une crise climatique sur la population. »

Des innovations pour adapter l’espace urbain

Soutenir les innovations pour adapter l’espace public au changement climatique est le troisième levier d’action de l’Agence parisienne du climat. C’est dans ce cadre qu’elle soutient le projet « Lisière d’une tierce forêt » : un projet lauréat de l’appel à expérimentation « adaptation au changement climatique » lancé par l’Urban Lab de Paris&Co. Son objectif : la création d’un ilot de fraicheur boisé, un nouveau type d’infrastructure verte, et à la fois un espace de mixité sociale.

L’innovation principale : c’est un écosystème résilient et autonome, demandant un entretien minimal. Aussi, dans le cadre de son partenariat avec Météo-France, l’Agence parisienne du climat a financé la mise en place d’un protocole d’évaluation, qui permettra de mesurer l’impact de ce projet en termes de rafraîchissement, une première. Les laboratoires de Météo-France réaliseront ainsi un suivi quotidien des températures avant et après travaux ce qui permettra de comparer les données de température et d’humidité et de mesurer le pouvoir rafraîchissant de l’aménagement.

L’Urban Lab de Paris&Co a suivi 11 projets innovants pour adapter les villes au changement climatique. Les retours d’expérience sur ces projets nous ont permis de structurer des recommandations en direction de la puissance publique et des aménageurs, afin de promouvoir les mesures d’adaptation au sein du territoire parisien. Marion Apaire, Cheffe de projet Expérimentations Urbaines, Urban Lab.

 

Télécharger le communiqué de presse (pdf - 25 septembre 2018)

Autres actualités