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Jour 9 : pertes et dommages, semaine à enjeux et redevabilité climatique des entreprises

COP26Climat
ParticulierProfessionnel
Publié le 09 novembre 2021
par Pugnat Marin

Mardi 9 novembre 2021 - À l’occasion de la COP26, retrouvez quotidiennement les témoignages de nos organisations partenaires présentes à Glasgow. Au programme ce jour, entendez l’appel des plus vulnérables au changement climatique, découvrez les enjeux de la deuxième semaine et la notion de redevabilité climatique des entreprises.

Le fait marquant : les conséquences du changement climatique au centre de l’attention

Alors que cette journée est consacrée à la question du genre, celle d’hier a été animée par des discussions et des témoignages forts sur les conséquences du changement climatique. En première ligne, plusieurs victimes de catastrophes naturelles et habitant·es menacé·es par la montée des eaux se sont exprimés sans concession, à l’image de cette philippine qui a survécu au typhon Haiyan :

« Ils ont arrêté de compter lorsque le nombre de morts a atteint 6.000, mais il y a encore 1.600 corps manquants. Aujourd’hui, nous réclamons toujours justice pour nos amis et nos familles qui ont perdu la vie à cause des catastrophes climatiques. Les jeunes des Philippines se battent pour un avenir qui ne soit pas marqué par l’anxiété et la peur qu’un autre Haiyan puisse venir à tout moment menacer la vie et les rêves de nos proches. Nous ne méritons pas de vivre dans la peur ».

La question des « pertes et dommages » était au cœur des débats hier. Cette notion se réfère également aux événements économiques irréversibles, par rapport au changement climatique, malgré les efforts d’atténuation et d’adaptation. Elle est l’objet du mécanisme international de Varsovie, adopté en 2013 et intégré aux accords de Paris. Celui-ci vise à mieux définir ce que sont les pertes et dommages et les moyens d’y répondre, d’assurer une meilleure coordination entre les acteurs, et de renforcer le soutien aux pays les plus affectés. C’est sur ce dernier point que se cristallisent les tensions entre Etats, alors que seule l’Ecosse s’est engagée à verser environ 1 million d’euros pour les pertes et dommages. Ce qui relance aussi les discussions sur la finance climat.

La première ministre de la Barbade, Mia Mottley, a déclaré que « demander à ceux qui sont en première ligne du changement climatique, comme les petits états insulaires, de payer pour les dommages liés au climat, c’est comme demander aux passagers d’un accident de voiture plutôt qu’au conducteur de payer les dommages » . Le ministre des affaires étrangères de Tuvalu a délivré son discours avec les genoux dans la mer. Une grande coalition de pays en développement mené par l’Afrique a estimé le besoin à 1,3 billion de dollars par an pour la décennie 2030, tout en déplorant l’attitude des pays riches.

Ces demandes de réparation ont été relayées par Barack Obama, qui a aussi salué le mouvement de protestation des jeunes, tout en déplorant le manque d’ambition des participant·es de la COP. Pour donner raison au président américain, l’Australie a annoncé continuer à vendre du charbon « pendant des décennies à venir ».

Témoignage

Une deuxième semaine à enjeux, par Aurore Mathieu du RAC

« Après un jour de « repos » dimanche où les organisations membres du Réseau Action Climat International se sont réunies pour une session stratégique, la deuxième semaine de négociations a commencé à Glasgow. Plusieurs sujets de négociations, notamment sur l’objectif de financement post-2025 (c’est-à-dire le montant que les pays développés donneront aux pays du Sud pour l’atténuation et l’adaptation au changement climatique dans le futur, l ‹objectif de 100 milliards par an étant étendu jusqu’en 2025) se poursuivra. Certains textes, toujours sous forme de brouillons, comme celui sur le fonctionnement des marchés carbones (article 6 de l’Accord de Paris), sont prêts à être présentés aux ministres, qui se réunissent à Glasgow dans la semaine.

Si la première semaine a donné lieu à une avalanche d’annonces (comme l’accord sur le méthane, sur la fin du financement aux énergies fossiles ou sur la déforestation), ces déclarations ont mobilisé l’attention politique et les négociations ont accumulé du retard. Il s’agit maintenant de traduire ces annonces dans le texte final en réels engagements, et pas seulement en vœux pieux impossibles à exaucer.

Les discussions de la deuxième semaine doivent également répondre aux préoccupations des pays du Sud, autour notamment de l’augmentation de la finance climatique pour atteindre les 100 milliards par an avant 2023, et du financement spécifique des projets d’adaptation et des pertes et dommages, qui correspondent aux impacts déjà irréversibles que les pays du Sud subissent.

La mobilisation de samedi rappelle aux négociateur·rices et aux dirigeant·es que les attentes des citoyen·nes sont claires : plus de justice climatique, et enfin dépasser les beaux discours pour passer à l’action, notamment en adoptant des actions dans le court-terme pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Une COP26 qui adopterait des textes coûte que coûte pour arriver à un accord sans refléter les principes d’intégrité environnementale et de justice climatique serait tout simplement un nouvel échec. »

Focus : la redevabilité climatique des entreprises, par Romain Poivet de l’ADEME

Pourquoi s’intéresser à la redevabilité climatique des acteurs non étatiques et plus particulièrement à celui du secteur privé ? Tout simplement parce que depuis la COP20 et ce qui est devenu le Marrakech Partnership for Global Climate Action, les engagements de neutralité carbone vont bon train. Les coalitions et initiatives se suivent et se recyclent, COP après COP, les sciences based targets sont « fixées » et « validées », et pourtant, modulo une pandémie planétaire, les émissions mondiales ne cessent de croître. Cherchez l’erreur.

Les allégations environnementales n’ont jamais été aussi nombreuses en matière de neutralité carbone. Des promesses, souvent de bonne foi, mais aucun moyen de s’assurer de la crédibilité des stratégies et des plans de transition qui permettront d’atteindre ces objectifs. Attendez… Aucun moyen de vérifier la redevabilité climatique du secteur privé ?

Avec la révision de la directive Corporate Sustainable Reporting, la Commission Européenne a mandaté l’EFRAG (le Groupe consultatif européen sur l’information financière) pour développer les normes qui dès 2023 permettront aux entreprises de rendre compte de leurs plans de transition. L’IFRS Foundation a lancé le 3 novembre dernier l’International Sustainability Standards Board qui permettra notamment d’opérationnaliser le chapitre plan de transition du dernier rapport du Groupe de travail sur les divulgations financières liées au climat. La Grande-Bretagne va rendre obligatoire le Reporting Net Zero pour les entreprises cotées. Antonio Guterres, Secrétaire Général des Nations Unies, va créer un panel d’experts pour évaluer les engagement net-zéro des acteurs non-étatiques en commençant par développer les règles pour les entreprises et les institutions financière.

Mais attendez. N’est-ce finalement pas ce que l’ADEME et le Carbon Disclosure Project ont déjà développé au travers de l’Initiative ACT inscrite elle-même au Global Climate Action Agenda ? Est-ce que ces méthodes fonctionnent ? Oui ! Celle-ci vise à offrir aux entreprises des méthodologies pour développer et évaluer si leurs stratégies et les moyens mis en œuvre pour les réaliser au regard de l’objectif d’atténuation de l’Accord de Paris.

Allez lire les Climate and Energy Benchmarks de la World Benchmarking Alliance et demander aux entreprises volontaires du programme ACT en France. Ne serait-il pas plus simple de valoriser directement l’expertise française, plutôt que de lancer une nouvelle compétition normative pour développer les méthodes qui permettront d’évaluer la qualité des plans de transition des entreprises ? Probablement.

À Paris : vivez la COP avec l’Académie du Climat

L’Académie du Climat se met aux couleurs de la COP26 pendant ces deux semaines, pour permettre aux Parisiennes de suivre et d’en comprendre les enjeux. Au programme : des rencontres, des ateliers, des performances artistiques, des débats, des conférences, un live avec Glasgow, des concert. À 18h45, l’Apéro COP revient sur les temps forts de la journée avec une revue de presse, un duplex et une table ronde. Découvrez la programmation ici.

 

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