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Esplanade et jets d'eau

Les vagues de chaleur : une crise sanitaire d’ampleur

Climat
ParticulierProfessionnelAdhérentPresse
Publié le 02 août 2021
par Agence Parisienne du Climat

Un tiers des décès liés à la chaleur dans le monde attribué au changement climatique, selon une nouvelle étude.

L’étude menée par 70 chercheur·euses et publiée fin mai 2021 dans la revue Nature Climate Change, permet de comprendre les risques provoqués par les impacts du changement climatique. 

Précédemment, des chercheur·euses avaient déjà réussi à quantifier l’impact du changement climatique sur la surmortalité liée à la chaleur, pour certaines villes et certains événements seulement. Ils·Elles avaient ainsi démontré dans une étude publiée en 2016 que pendant la canicule de 2003, le risque de mortalité lié à la chaleur et imputé au changement climatique d’origine anthropique était d’environ 70 % dans le centre de Paris, et de 20 % à Londres (qui avait connu une vague de chaleur moins sévère). Cette étude était la première à quantifier le rôle de l’activité humaine sur le climat et la mortalité liée à la chaleur.

La nouvelle étude parue en mai 2021 vient confirmer l’impact du changement climatique sur la mortalité liée à la chaleur, mais cette fois-ci à l’échelle mondiale.

Des résultats préoccupants 

Après avoir exploité des données épidémiologiques et des outils de modélisation climatique sur 732 sites basés dans 43 pays répartis à travers tous les continents, les chercheur·euses ont montré qu’en moyenne, 37 % de tous les décès liés à la chaleur peuvent être directement attribués au réchauffement climatique au niveau mondial. Ce pourcentage varie de 20 % à 76 % selon les sites.

En effet, la part des décès liés à la chaleur attribuable au réchauffement climatique varie considérablement d’un pays à l’autre :

  • Aux États-Unis, en Australie, en France, en Grande-Bretagne et en Espagne, l’étude montre que le pourcentage correspond à la moyenne de l’ensemble des pays, soit entre 35 et 39 %.
  • Pour le Mexique, l’Afrique du Sud, la Thaïlande, le Vietnam et le Chili, on atteint plus de 40 %
  • Pour six pays, dont le Brésil, le Pérou, la Colombie, les Philippines, le Koweït et le Guatemala, ce pourcentage augmente fortement avec plus de 60 % de la mortalité liée à la chaleur causée par le changement climatique.

Ces chiffres pourraient même être sous-estimés pour certaines régions du monde qui manquent de données sur le sujet et où les populations sont pourtant très vulnérables à la chaleur : en Afrique centrale et en Asie du Sud notamment.

Si l’on observe un pourcentage moins élevé dans les pays les plus «riches», une partie de la population reste néanmoins vulnérable : en 2003, la vague de chaleur en Europe occidentale avait fait 70 000 victimes.

Cette étude rappelle que la vulnérabilité des populations varie en fonction de l’exposition à l’aléa climatique (ici, les vagues de chaleur) et de la sensibilité des sujets à cet aléa, c’est-à-dire la capacité à faire face à cet aléa. Les impacts de la chaleur sur la santé impliquent de prendre en compte les facteurs météorologiques mais aussi socio-économiques, car cela a des implications sur notre vulnérabilité.

Est-ce que les personnes sont isolées, ont accès aux soins, à des lieux frais dans la journée, vivent dans des logements suroccupés, ont déjà une santé fragile ? 

Limiter le changement climatique : un pré-requis pour préserver notre santé

Si les dramatiques résultats de cette étude témoignent de la responsabilité des activités humaines sur les décès attribués à la chaleur extrême, ils rappellent aussi qu’il est indispensable d’adapter nos territoires, et de réduire au maximum nos émissions de gaz à effet de serre afin de limiter le réchauffement climatique et ses conséquences.

Dans cette étude, les chercheur·euses soulignent que ce n’est pas le réchauffement des températures moyennes qui ont fait grimper le nombre de décès, (+ 1,5 °C en moyenne depuis 1991 dans les endroits examiné) mais les phénomènes extrêmes qui lui sont attribués : les vagues de chaleur qui varient en sévérité. La durée d’un épisode, les températures nocturnes, ou le taux d’humidité ont des impacts sur la surmortalité.

Pour rappel, nos émissions de gaz à effet de serre actuelles pourraient engendrer des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes et intenses si on ne les limite pas, notamment dans la deuxième moitié du XXIe siècle.

Les projections climatiques issues du 5e rapport du GIEC montrent que l’on pourrait atteindre à l’horizon 2071-2100 une augmentation des journées chaudes à Paris allant de 3 jours dans le meilleur des scénarios, à 26 jours par an dans un scénario « business as usual » sans baisse des émissions de gaz à effet de serre (voir la plateforme climat HD élaborée par Météo France pour avoir un aperçu des futurs du climat). Comme le montre le schéma ci-dessous, dans ce dernier scénario, un été comme 2003 serait considéré comme un été « normal ».

Les canicules passées et futures, Météo-France

Figure 1 : Evolution des vagues de chaleur en climat futur - Crédits Météo-France

S’adapter dès maintenant pour être moins vulnérables

Adapter les territoires, les infrastructures, nos modes de vie, reste également indispensable pour anticiper ces phénomènes et limiter l’impact sanitaire des vagues de chaleur dans ces territoires.  

Pour rappel, 73 % de la population est soumise à un effet moyen à fort d’îlot de chaleur urbain dans la Métropole du Grand Paris.

Chaque pays, chaque ville possède sa propre combinaison de facteurs qui la rend plus vulnérable au changement climatique. Permettre aux gens de se rafraîchir, modifier nos habitudes, nos usages, adapter les infrastructures, sont autant de leviers et de solutions indispensables à mettre en place pour pouvoir non pas seulement survivre mais bien vivre dans des villes où la population est déjà impactée par les conséquences du changement climatique.    

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