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Une forêt en ville pour lutter contre l’îlot de chaleur urbain

Aménagement durableInnovationClimat
ParticulierProfessionnel
Publié le 15 mars 2017
par Paula Torrente

L’îlot de chaleur urbain…ça vous dit quelque chose ? A Paris, les nuits sont plus chaudes que dans les zones rurales à cause de ce phénomène. Découvrez comment le projet d’aménagement Lisière d’une tierce forêt vise à en réduire les conséquences, en redonnant de la place à la forêt en ville.

L’îlot de chaleur urbain (ICU) : un microclimat au cœur de Paris

L’ICU se définit comme l’écart de température observé entre une agglomération et son environnement périphérique moins urbanisé. A la campagne, les sols et végétaux n’accumulent pas l’énergie solaire qu’ils reçoivent grâce au phénomène de « l’évapotranspiration ». Mais en ville, ce n’est pas pareil ! L’énergie solaire est emmagasinée dans les matériaux des bâtiments et dans d’autres surfaces imperméables comme le bitume. Ainsi, la nuit tombée, ces surfaces restituent à l’atmosphère urbaine l’énergie accumulée durant la journée, causant un refroidissement beaucoup plus lent qu’à la campagne.

A Paris, l’ICU se traduit par des différences nocturnes de 2°C à 3°C en moyenne annuelle entre Paris et les zones rurales alentour. Avec les impacts du changement climatique (augmentation des températures et des jours de canicules), ce phénomène risque de s’aggraver. 

> Consulter la brochure sur l’îlot de chaleur urbain réalisée par l’Agence Parisienne du Climat et Météo-France

Lisière d’une Tierce Forêt, projet d’expérimentation et lauréat de l’appel à projet «Adaptation au changement climatique»,  a pour objectif de réduire l’impact de l’ICU en contribuant au rafraîchissement de la ville.

Entretien avec les porteurs de projet : Andrej Bernik, du cabinet Fieldwork architecture et Patricia Robert, de l’association Alteralia.

Rafraichir la ville à travers le végétal

En quoi consiste le projet Lisière d’une Tierce Forêt et à quels besoins répond-il ?

Lisière d’une Tierce Forêt est un projet d’aménagement d’espace public qui vise à avoir un impact positif sur le climat de la ville, principalement sur les effets de l’îlot de chaleur urbain.

Concrètement, nous allons transposer un paysage de campagne, où ce phénomène n’existe pas, en ville. Comment ? En recouvrant le sol avec un revêtement minéral perméable en enrobé ou béton drainant et en y plantant une forêt.

Le projet est la réponse à une problématique concrète exprimée par l’association Alteralia concernant l’usage des espaces extérieures d’un centre de séjour à Aubervilliers. Il s’agit, en effet, de la transformation d’un parking de surface en un espace public dédié aux piétons. Depuis le début du projet nous avons élargi la question d’usage vers une réflexion plus large sur l’influence d’aménagements urbains sur le climat de la ville.

Si les besoins au niveau environnemental, immédiats et ceux à long terme, sont clairement identifiés, la question de l’usage de l’espace dans le temps est plus ouverte.

En inversant les priorités entre les voitures et les piétons nous ouvrons un champ des possibles aux nouveaux usages. Les résidents, les employés et les visiteurs vont pour la première fois pouvoir s’approprier cet espace. Les activités que nous y retrouverons évolueront au fil du temps et au gré de la volonté des usagers.

Quelle est l’originalité de ce projet ?

Le projet associe deux actions pour réduire l’îlot de chaleur urbain : la plantation de masses d’arbres et la perméabilisation du sol urbain. Le processus de conception du projet urbain est fait en deux étapes : tout d’abord, les arbres sont plantés suivant la logique de croissance des forêts, notamment en termes de mélange d’essences et de densité de plantation. Puis, le sol est recouvert par un matériau minéral perméable, qui laisse la forêt s’épanouir et rend en même temps le site totalement accessible et utilisable pour les activités urbaines.

Ainsi est créée une nouvelle typologie d’espace urbain, un hybride entre une place et un espace vert. Nous l’avons appelé «tierce forêt» en extension de la notion de la forêt primaire, celle jamais modifiée par l’homme, puis la forêt secondaire, celle régénérée sur une forêt détruite.  La «tierce forêt», c’est celle qui est superposée à l’espace urbain. 

 

  

Comment avez-vous identifié l’impact de l’ICU en amont ? Avez-vous repéré d’autres endroits sur Paris impactés par ce phénomène ?

Le thème du projet, la diminution de l’impact de l’ICU, fait suite aux recherches au sein de l’équipe Fieldwork architecture, qui questionne le rapport entre l’humanité et son milieu, à la recherche d’un équilibre durable.

Dans nos recherches sur les problématiques actuelles pour l’aménagement urbain nous nous sommes basés sur les études françaises et internationales, notamment celles de U.S. Environmental Protection Agency’s Office of Atmospheric Programs et de l’APUR. Nous avons puisé des informations sur le territoire parisien des deux cahiers de l’étude ‘Les îlots de Chaleur Urbains à Paris’ et de la cartographie en ligne disponible depuis le site de l’APUR.

Les cartes thermographiques montrent clairement les zones de l’agglomération parisienne les plus touchées par l’ICU. Elles se trouvent en plus grand nombre dans les quartiers au nord de la capitale, où la densité de végétation est moindre. Il existe par ailleurs, selon ces études, aussi une corrélation entre le nombre d’arbres dans un quartier et le niveau de revenus de la population. Les chercheurs expliquent que les arbres sont souvent vus comme accessoire, comme du superflu et pour cette raison ils sont, ainsi, plus demandés dans les quartiers les plus aisés.

Dans notre projet, l’intégration de la végétation est traitée non pas comme de l’agrément, mais plutôt comme une infrastructure indispensable à la ville contemporaine et future.

Dans quels types d’espaces votre projet pourrait être reproduit ?

Le projet peut être reproduit sur tous sites urbains non bâtis et de dimensions suffisantes pour la plantation de masses d’arbres. Il est particulièrement adapté aux sites issus des grandes opérations d’aménagement d’après-guerre qui ont remplacé les îlots délimités par des rues et des places par des grands immeubles indépendants posés dans l’espace public continu.

Ces sites sont composés d’immeubles de grande échelle situés en retrait de la rue, entourés de parkings en surface et des larges étendus de bitume. Ce sont des sites particulièrement touchés par l’ICU, mais qui sont suffisamment grands pour la plantation des masses d’arbres.

Quelles sont les prochaines étapes du projet ?

Nous sommes actuellement à la recherche d’un partenaire pour mettre en place un protocole de mesures de températures avant et après les travaux. Les capteurs seraient installés cet été pour mesurer les conditions climatiques avant intervention, puis ils resteraient sur place après les travaux. Ces mesures donneraient une comparaison de l’effet ICU sur une période de plusieurs années, suivant la croissance des arbres. 

Le gestionnaire du site, association Alteralia, évaluera également l’impact économique et social du nouvel aménagement. D’une part en comparant les résultats des enquêtes de satisfaction des clients du restaurant et du centre de séjour avant et après les travaux. D’autre part par l’analyse des résultats financiers de la structure sur place.  

 

 

 

 

 

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