Hiver 2022 : une saison sans neige

publié le 29 mars 2022

6 min

Paris sous la pluie
Paris sous la pluie

Fruit d’un partenariat entre l’Agence Parisienne du Climat et Météo-France, ce bulletin revient sur l’hiver 2022 à Paris et en Île-de-France. En utilisant les données du passé, nous cherchons à éclairer le climat actuel ainsi que son évolution. En météorologie, l’hiver s’étend de décembre à février.

Un hiver (encore) anormalement doux

Si le blanc est habituellement le manteau de l’hiver, cette fin de saison 2022 aura été marquée par une couverture orangée qui s’est déposée sur l’hexagone. Paris ne fait pas exception, ici aussi les vents ont apporté leur lot poussière de sable du Sahara soulevé par le Sirocco et repris dans la circulation générale, laissant un dépôt sur les voitures et un coucher de soleil d’anthologie (jeudi 17 mars) derrière eux. Au total, ce sont plusieurs tonnes de cette poussière (20 à 200 fois plus fine qu’un cheveu) qui se sont répandues sur la capitale.

Ce phénomène, sans doute inédit à Paris dans son intensité, résulte de conditions météorologiques particulières de l’hiver 2022. Ce sont ces mêmes conditions qui ont fait de cette saison hivernale, une des plus douces jamais enregistrée.

Pendant cet hiver 2022, il n’aura pas échappé aux plus observateurs et observatrices d’entre vous que la neige a brillé par son absence. En effet, la température moyenne mesurée en hiver cette année est de 7,1 °C, soit 1,8 °C au-dessus de la normale de saison. La normale est calculée sur une période de référence de trente ans, en l’occurrence de 1981 à 2010. Il y a bien 9 jours où les flocons ont pu être vus à Paris (11 à l’aéroport de Roissy-en-France), mais ils n’ont pas tenu au sol, même en banlieue, ce qui est rare.

Le 8e hiver le plus doux depuis 1873

Selon ces chiffres, l’hiver 2022 est l’un des plus doux de ces 150 dernières années. Cependant, il n’y a pas de quoi créer la surprise car cette année s’inscrit dans une longue liste d’hivers plus chauds que la normale. C’est ainsi que la période hivernale se démarque par sa douceur pour la 9e année consécutive.

Les écarts de température par rapport à la moyenne sont calculés par les équipes de Météo-France en observant le climat sur des périodes de référence de 30 ans. Ainsi, les scientifiques dégagent des “normales” auxquelles l’on peut se référer pour comparer les températures d’une année sur l’autre et relever des tendances générales dans l’évolution du climat. Comme il l’a été précisé plus haut, l’hiver 2022 est comparé aux normales relevées sur la période 1981-2010.

 Attention cependant, à partir de la saison prochaine ce sera la période 1991-2020 qui sera utilisée pour le calcul des normales de référence. En conséquence de cela, l’hiver 2022 ne sera « que » le 4e de la série des saisons avec une température anormalement élevée. Pourquoi ? Parce que la nouvelle normale (sur la période 1991-2020) grimpe de 0,4 °C en hiver par rapport à la période précédente.

Anticyclone Ibérique

Les deux tiers de la période hivernale ont été particulièrement protégés des basses températures et des intempéries par la présence d’un phénomène anticyclonique qui nous vient de l’océan Atlantique.

Les anticyclones sont associés à un temps sec et dégagé et de telles conditions à cette période de l’année sont presque inédites selon les scientifiques de Météo-France.

La carte ci-dessous nous montre l’extension de ce que l’on appelle l’anticyclone des Açores (protégeant la péninsule Ibérique) qui a apporté douceur à Paris et explique l’écart de 1,8 °C par rapport à la normale. Cet anticyclone nous a également valu des pics de température à 15 °C du 29 au 31 décembre.

© Météo-France / Bulletin climatique Paris - Hiver 2022
© Météo-France / Bulletin climatique Paris – Hiver 2022

© Météo-France / Bulletin climatique Paris – Hiver 2022, Anticyclone des Açores

Si l’extraordinaire extension de l’anticyclone des Açores a joué un rôle dans la douceur de l’hiver, n’oublions pas que cette édition 2022 s’inscrit dans une tendance globale de hausse des températures imputable, elle, au changement climatique.

Précipitations : des sols relativement peu humides

Outre ce phénomène, l’hiver 2022 ne se démarque pas par des évènements climatiques particulièrement intenses. Aucun épisode pluvieux de type anormal n’a été observé au cours des trois derniers mois et cette saison est ordinaire tant par la quantité tombée (169mm en tout) que par le nombre de jours de précipitations (28 jours pour une valeur normale de 30 jours).

Malgré une relative uniformité de la répartition des jours de pluie, on note tout de même deux périodes sèches :

Ainsi, cet hiver la quantité des précipitations est comparable aux valeurs de référence pour la saison. Résultants, les sols de Paris et de l’Île-de-France sont assez peu humides en cette sortie de période hivernale. Pour Paris et la petite couronne, on note des sols chargés à 75 % de leur capacité en eau ; les milieux forestiers sont eux chargés à 90 %.

© Météo-France / Bulletin Climatique Paris - Hiver 2022
© Météo-France / Bulletin Climatique Paris – Hiver 2022

© Météo-France / Bulletin climatique Paris – Hiver 2022, Indicateur d’humidité des sols (SWI) le 1er mars 2022

Cette humidité est à surveiller car, comme chaque année, le printemps sera le théâtre de la renaissance de la végétation qui va puiser ses ressources en eau dans le sol. Sans précipitations supplémentaires pour contrebalancer le phénomène d’évapotranspiration (évaporation par les feuilles, lors de la photosynthèse, de l’eau puisée par les racines), c’est un assèchement des sols qui est à attendre, ce qui peut poser difficultés au secteur agricole par exemple.

Pour aller plus loin