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Village Saint-Paul rénové

Entretien : le Village Saint-Paul, un exemple de réhabilitation performante avec un enjeu patrimonial fort

Aménagement durableCopropriété
ParticulierProfessionnel
Publié le 23 octobre 2023
par Cyrille PIGOT

Le Village Saint-Paul est un ilot situé au cœur du Marais qui regroupe un ensemble de bâtiments gérés par la société RIVP. Cet ensemble a fait l’objet d’une réhabilitation importante. Livrée en 2021, elle montre la possibilité de conjuguer rénovation énergétique et conservation du patrimoine.

A l’abri des grandes artères du Marais se situe le village Saint-Paul. Un ensemble de bâtiments disparates disposés autour de cours, accessibles au grand public, qui accueillent logements sociaux et commerces. Ce micro-quartier a vu de nombreux plans d’urbanisme modifier sa disposition. Menacé de démolition pour des raisons d’insalubrité, la loi Malraux de 1962 vient sauvegarder ces bâtiments. En 2014 est initié un projet dont l’objectif est de rénover ses 243 logements, répartis sur 32 immeubles. Comme à chaque réhabilitation des bailleurs sociaux, la performance énergétique est un l’un des objectifs centraux du projet. 

L’intérêt d’évoquer ce projet réside dans sa situation particulière : situé au centre de Paris, dans un quartier dense et visé par un plan de protection urbanistique spécifique - le Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur du Marais. Il s’agit d’une opération d’ampleur sur des bâtiments qui possèdent un caractère patrimonial fort.

Entretien avec 2 des professionnel·les qui ont participé au projet de réhabilisation :

  • Mélanie DAVID : Chargée d’opération en maîtrise d’ouvrage : réhabilitations énergétiques «Plan Climat» de logements sociaux à la RIVP. Elle a suivi la phase travaux de l’opération.
  • Pierre-Henri CHAMBON : Architecte, président de l’Agence Daune & Chambon Architecture. Agence spécialisée dans la maîtrise d’œuvre de logements sociaux. Il est mandataire du groupement de maîtrise d’œuvre de l’opération

Vue du Village Saint-Paul à Paris, © Agence Daune & Chambon Architecture

Vue du Village Saint-Paul à Paris © Agence Daune & Chambon Architecture

A l’origine un besoin de rénovation profond

Quel était l’objectif du projet ?

MD : Cet ensemble immobilier nécessitait une rénovation énergétique. Il s’agissait en effet de bâtiments très déperditifs, non isolés, et les fenêtres étaient anciennes, encore en simple vitrage pour partie.

Les installations techniques des logements devaient également être rénovées : le chauffage, la ventilation qui a été mécanisée dans le cadre du projet et les installations électriques. Le confort a également été amélioré dans les logements en rénovant une partie des pièces humides (salle de bains, cuisine, WC).

A cela s’est ajoutée une volonté d’améliorer les cours du village. Il ne s’agissait pas seulement de rénover les logements mais également de redessiner ces espaces extérieurs, accessibles à la fois aux locataires des immeubles et au public, pour améliorer l’accessibilité, augmenter la surface d’espaces verts, et leur redonner un caractère attrayant et agréable.

Des choix techniques en fonction des caractéristiques du bâti

Quels ont été les matériaux choisis sur le projet ?

PHC :  Nous retrouvons 2 types d’isolants mis en place à Saint-Paul, la laine de Roche et le béton de chanvre, tous deux recouverts d’un enduit minéral.

Nous avons pour habitude de prendre l’épaisseur de l’isolant résultant de l’étude thermique à laquelle nous ajoutons 2 cm. Ainsi 16 cm d’épaisseur ont été mis en œuvre sur ces façades. Concernant les façades constituées de pans de bois, ce sont 8 cm de chaux-chanvre qui ont été appliqués.

L’avantage de la laine de roche utilisée, est sa capacité perspirante. Elle ne bloque pas le flux de vapeur d’eau qui va de l’intérieur vers l’extérieur des logements, notion importante en présence de murs en pierre et pan de bois.

Pourquoi avoir appliqué une ITE sur certaines façades et du béton de chanvre sur d’autres ?

PHC : Il y a deux raisons. Il y a la nature, l’aspect patrimonial, celui des façades sur lesquelles on ne pouvait clairement pas mettre d’ITE. Et puis concernant le béton de chanvre, il s’agissait également de réaliser un « chantier test » de mise en œuvre de ce produit qui peut être, selon le cas de figure, une alternative plus écologique. Rappelons qu’en 2014 la mise en œuvre de ce type d’isolant n’était pas fréquente en réhabilitation.

Le béton de chanvre demande un certain savoir-faire et une attention particulière lors de sa mise en œuvre. On est sur quelque chose de vivant. Il faut une certaine hygrométrie, on ne peut pas le mettre en place lorsqu’il fait trop chaud ou trop froid. Le process de mise en œuvre est plus long que pour une ITE « classique », il nécessite par exemple le piochage de l’enduit jusqu’à la maçonnerie, la réalisation de passes successives, la reconstitution des percements à l’aide de coffrages, etc. C’était « les débuts » durant le chantier du village Saint-Paul. Par exemple, nous avons pris du retard sur ces façades parce que le ravaleur louait une machine spécifique pour projeter et il n’y en avait à l’époque que 2 sur Paris.

Quel type d’isolation a été faite sur les toitures ?

PHC : C’est l’occupation des combles qui a défini le type d’isolation.

  • En brisis et en présence de combles aménagés nous avons réalisé une sur-isolation, dite « sarking ».
  • Un isolant soufflé a été mis en œuvre dans les combles non aménagés.

Un projet rendu complexe par son contexte

Comment a été traité l’aspect urbanistique ?

PHC : Sur ce type de patrimoine on essaie toujours, à l’Agence Daune & Chambon Architecture en tout cas, de se rendre aux archives pour voir ce que l’on peut trouver de l’époque de la construction, des différentes modifications qui ont pu être apportées. Nous essayons de connaître l’histoire des bâtiments. Il y a également un gros travail sur site pour comprendre le bâti. Cela nous permet d’affiner les types d’intervention en analysant les façades « initiales », ce qui a pu être être « bricolé » au fil du temps. Par exemple un oriel (fenêtre en encorbellement) était présent à la construction d’un immeuble sur la rue Saint-Paul. Il a été supprimé lors de la restructuration du Village dans les années 70 et c’est une photo d’archive qui nous a permis de le reconstituer.

Quel a été le processus de discussion avec l’Architecte des Bâtiments de France (ABF) ?

PHC : Nous avons contacté l’ABF à l’issu de l’APD, avant de réaliser le dossier de permis de construire. Dans le cas de déclaration préalable ou de permis de construire, la Ville de Paris demande des « fiches façades ». Il s’agit d’un document composé de 3 feuillets, le premier indique les intervenants du projet, la nature et localisation de l’ouvrage, le second est une « analyse » technique et architecturales de la façade (composition des éléments de façades, bossages, bandeaux, appuis, etc), le troisième précise les interventions projetées (procédé d’intervention, de mise en œuvre, teintes, etc.). Ces fiches ont été le support de discussion avec l’Architecte des Bâtiment de France.

Plusieurs visites ont été menées in situ avec l’ABF du secteur. Groupement de façades par groupement de façades, façade par façade, les discussions ont été menées sur les possibles interventions et leur approche : la mise en place d’un isolant par l’extérieur ou la réalisation d’un ravalement, le remplacement des fenêtres et le type de pose (à l’identique ou en tunnel, à frappe ou à gueule de loup, le dessin des petits bois, etc.), le dessin des modénatures créés ou reconstituées, le dessin des gardes corps mis aux normes, le traitement des soubassement, et enfin les teintes et finitions.

C’est un travail que nous menons dès les études et conjointement avec les ABF.

MD : De par la spécificité du statut des cours qui sont dites « privées ouvertes au public », le nombre d’interlocuteur·rices s’est vu augmenté par rapport à un projet plus classique de rénovation thermique. En effet, ici, beaucoup de services de la Ville de Paris ont été consultés dans le cadre de la conception et des travaux afin de respecter les besoins et cahier des charges d’un espace de ce type (plantations, éclairage, …).

 

//www.apc-paris.com/node/6550/edit

Exemple de cour du Village Saint-Paul © Agence Daune & Chambon Architecture

Comment a été pris en compte la diversité des bâtiments ?

PHC : C’est compliqué parce qu’il s’agit d’un îlot qui a été totalement restructuré dans les années 70 et 80 par l’architecte Felix Gatier dans le cadre du plan Malraux. Certaines façades ont été reconstituées, des bâtiments ont été démolis, d’autres reconnectés pour agrandir certains logements. Nous avons donc plutôt fonctionné par façade que par bâtiment.

Malgré de nombreux sondages réalisés durant les études par la maitrise d’ouvrage, nous avons découvert, lors des travaux, la présence de pans de bois par exemple, certains en très mauvais état que nous avons dû remplacer. Le projet a constamment évolué à l’issu des travaux préparatoires, une fois les échafaudages en place. La plupart des interventions ont été définies lors des études mais c’est à cette étape, au contact des façades, que le projet s’est précisé, notamment sur les zones difficilement accessibles.

 

Plan Village Saint Paul agence daune & chambon architecture

Plan des bâtiments qui composent le Village Saint-Paul © Agence Daune & Chambon Architecture

De manière générale, des tests d’arrachement sont systématiquement réalisés tant pour la mise en place d’ITE (Isolation Thermique par l’Extérieur) que pour l’installation d’échafaudages. En complément des travaux de rénovation des immeubles, un important travail a été mené sur les espaces extérieurs, notamment la réfection de l’éclairage. Les luminaires, sont fixés sur des caténaires, ancrés de façade à façade. Des tests d’arrachement ont été réalisés de sorte à dimensionner les platines d’accroche de ces caténaires. Certaines platines, dissimulées sous l’ITE, mesurent plus de 120cm.  

Comment ont été gérés les travaux avec les locataires ?

PHC : Un paramètre non négligeable à prendre en compte sur ce projet, est l’intervention en milieu occupé. Tous les locataires sont restés dans leur appartement durant les études et la totalité des travaux. En milieu « vide » nous aurions pu, notamment pour les bâtiments qui n’ont pas pu être isolés par l’extérieur mettre en œuvre une isolation par l’intérieur, là ce n’était pas possible.

Un protocole spécifique a été mis en place avec la participation de tous les acteurs du projet, maître d’ouvrage, CSPS, entreprises et équipe de maîtrise d’œuvre pour permettre les travaux dans les logements en toute sécurité sanitaire durant la COVID 19.

MD : En effet à Paris, il est complexe de reloger les locataires, peu de logements étant vacants. Les bailleurs sont parfois amenés à réaliser des d’opérations dites « en tiroir ». On vide alors par exemple une cage d’escalier complète (en relogeant les locataires à d’autres adresses) et cette cage d’escalier devient une zone tampon pour reloger les familles durant les travaux réalisés dans leur propre appartement. Cette technique peut permettre des travaux plus importants mais prend généralement beaucoup plus de temps avec un temps de relocation important.

Une opération ambitieuse  

Quel a été le résultat du projet ?

PHC : Le projet a été initié en 2014 par une importante phase de diagnostic et la visite de 96% des logements durant les études, la consultation des entreprises s’est déroulée en 2016-2017. De 2018 à 2021 nous avons réalisé des travaux avec ITE, l’isolation des toitures, le changement des menuiseries extérieures, la mise en place de ventilation dans les logements, la réfection des pièces humides, l’embellissement des parties communes, l’amélioration des équipements : électricité, chauffage et l’Eau Chaude Sanitaire, la réfection complète des espaces extérieurs. La réception du chantier a eu lieu en avril 2021.

MD : La consommation énergétique (méthode de calcul THCex) des bâtiments est passée d’une moyenne de 350 à 150 KWh/m².an d’après l’étude thermique théorique finale. En plan climat, en milieu occupé, c’est à peu près ce qui est visé, une réduction de 50 % des consommations.

L’augmentation des espaces végétalisés est également significative avec une surface qui a été multipliée par 3 pour atteindre 420 m².

Photo Village Saint-Paul, Paris 4e

Végétalisation au Village Saint-Paul © Agence Daune & Chambon Architecture

Le coût du chantier a été d’environ 15 000 000 €, cela représente plus ou moins 62 000 € par logement ?

MD : Oui, ce coût comprend également l’aménagement des cours (7 500m²), des circulations ainsi que les travaux sur les réseaux et l’éclairage des cours. Ces coûts ont été supportés par la RIVP et non par les locataires. 

Avez-vous pu recueillir la satisfaction des occupant·es ?

MD : Une enquête locataire a été réalisée l’année qui a suivi la réception des travaux. Les retours des locataires sur le confort étaient positifs. Notamment en hiver où l’impact positif de l’ITE a été mis en avant. Les fenêtres ont également joué un rôle important. Avant travaux, elles étaient parfois encore en simple vitrage. 

Pour en savoir plus sur ce projet, rendez-vous sur le site de la RIVP. 

 

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