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Vue aérienne de Paris - Crédit : William Krause

Le métabolisme urbain au service de la transition écologique

Aménagement durableEnergies renouvelablesConsommationClimatEconomies d'énergie
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Publié le 27 avril 2021
par Florian Kerbarch

Le 9 avril 2021 avait lieu le séminaire métabolisme urbain de Paris en présence de Florentin LETISSIER, adjoint à la Maire de Paris en charge de l’économie sociale et solidaire, de l’économie circulaire et de la contribution à la trajectoire zéro déchet, et plusieurs experts du sujet. Il nous a été permis de mieux comprendre les enjeux autour de cet outil étudiant les flux entrants et sortants de matériaux, mis à disposition des pouvoirs publics pour opérer les grandes transformations de demain.

Métabolisme urbain : de quoi parle-t-on ?

Le métabolisme urbain ou métabolisme territorial est un moyen de mesure de la comptabilité des flux d’énergies et de matières (entrants et sortants) nécessaires au fonctionnement d’un territoire. Avoir une meilleure connaissance des flux entrants, sortants ou stockés, permet d’accroître la connaissance du fonctionnement du territoire et de mieux gérer ses ressources. En somme, il s’agit d’une approche physique pour évaluer les interactions entre la société et la biosphère. Le métabolisme d’un territoire reflètera son régime socio-écologique. Ce mode de calcul a constitué dans les années 60 une alternative à la comptabilité monétaire et a été réactualisé par la crise socio-écologique dans les années 80.

Cette méthode s’inscrit dans l’écologie territoriale qui vise à mieux analyser ces flux, en cherchant à comprendre les transformations dans le temps et en essayant d’en expliquer les déterminants. Elle prend racine dans l’écologie urbaine (Wolman, Odum, Duvigneaud) et l’écologie industrielle (Ayres, Allenby, Billen).

Le métabolisme urbain pour mieux comprendre l’émergence des villes et leur évolution

Sabine BARLES, professeure d’urbanisme et d’aménagement à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et chercheure au sein de l’UMR Géographie-Cités, nous explique qu’à l’origine, la ville nait d’un métabolisme urbain spécifique : la campagne. C’est grâce à la performance du métabolisme agricole (excédants de produits) que le développement des villes a pu se faire avec la diversification des échanges.

Au fur et à mesure, avec l’accroissement urbain des villes et des agglomérations, entrainant une augmentation drastique des consommations d’énergie du XIXe au XXIe siècles, les distances d’approvisionnements énergétiques et alimentaires deviennent de plus en plus importantes (multipliées par 16) créant une dépendance extraterritoriale très marquée.

 

Évolution de la surface urbanisée, de la consommation d’eau et des consommations d’énergie à Paris de 1801 à 2015. Source : Barles, 2020.

Caractéristiques du métabolisme urbain parisien

Son métabolisme est caractéristique des villes denses du XXIe siècle : une externalisation quasi-totale de la matière (dépendance énergétique et alimentaire) et une linéarisation de la matière (recyclage très faible). Ce modèle conduit inévitablement à la dégradation de l’environnement et à l’épuisement des ressources.

En observant les flux entrants et sortants, on observe que la consommation de matière annuelle visible (à l’intérieur du territoire) d’un Francilien est égale 6,5 tonnes . En additionnant les consommations non visibles (à l’extérieur) nécessaires à la consommation finale, on arrive à 20 tonnes par habitant. Un Francilien consomme donc trois fois plus à l’extérieur de la ville qu’à l’intérieur.

 Paris dépend donc aujourd’hui entièrement des importations pour son fonctionnement.

                                

Consommation physique nette et consommation physique totale, Île-de-France, 2015, t/hab/an. Source : Institut Paris Région, d’après Augiseau, Barles, 2018.

Cependant le tableau n’est pas totalement noir pour la ville de Paris. Vincent AUGISEAU, co-fondateur de CitéSource, nous indique que la consommation de matière directe (à l’intérieur du territoire) à Paris rapportée par habitant est plus faible que certains territoires en France dont l’Île-de-France (IDF) avec 3,4 tonnes/ hab pour Paris contre 6,5 tonnes/hab en moyenne par Francilien en 2015. La consommation de matière indirecte (à l’extérieur du territoire) est également plus faible à Paris qu’en IDF : 15 tonnes/hab (moyenne nationale) contre 20 tonnes/hab (source : Étude Observation des ressources en Île-de-France). Cela s’explique par le fait que Paris est très densément urbanisée et dispose de ressources bâti très riches, limitant ainsi les projets de construction et donc les besoins en matériaux.

A l’échelle francilienne, on constate également entre 2007 et 2018 une diminution de la consommation de matière intérieure en région francilienne de 20 %. Comment interpréter ce chiffre ? Cette diminution peut s’expliquer par la délocalisation de l’activité industrielle, la mise aux normes des installations polluantes telles que les incinérateurs et la diminution des capacités d’extraction et de production (exemple : granulats pour le béton). On observe également une baisse de la consommation d’espaces utilisés pour produire la matière : 2500 Ha consommés par an dans les années 90 à 800 Ha aujourd’hui en IDF (source : Étude Observation des ressources en Île-de-France). Cette baisse s’accompagne également d’une baisse des gaz à effet de serre en IDF : de 50 millions de tonnes de CO2 en 2007 à 40 millions de tonnes en 2020 (Source : Airparif).

Aussi, on notera une augmentation de la consommation de déchets de chantier à Paris et en IDF liés au renouvellement urbain (démolition et reconstruction). Néanmoins le lien établi entre ces trois données n’est pas si évident.

Quel intérêt pour les politiques publiques ?

Le recours aux études de métabolisme urbain pourra s’avérer indispensable pour les collectivités territoriales dans la transformation écologique et ceci pour plusieurs raisons :

  • Avoir une vision d’ensemble de la matérialité urbaine : « que pèsent les villes » ? ;
  • Relativiser certaines solutions, par exemple favoriser la sobriété dans la consommation matérielle et prendre conscience des limites de l’impact du recyclage ;
  • Mieux identifier les liens entre ressources, exemple : le lien entre artificialisation des sols et consommations des biens ;
  • Identifier les relations politiques et sociales intra et interterritorial en fonction des métabolismes, cela peut être un outil de gouvernance intéressant.

La Métropole du Grand Paris, très concernée par le sujet, lance cette année une étude de métabolisme en articulation avec les études réalisées sur Paris et en IDF sur les filières énergie, construction, et produits manufacturés. Par exemple, l’étude s’attachera à chercher des solutions pour boucler l’énergie produite par des installations à énergie renouvelable en cohérence avec les objectifs du plan climat.

Néanmoins, l’investissement pour ce genre d’étude est encore trop rare, car méconnu des collectivités. Martial VIALLEIX, chargé d’études à l’Institut Paris Région, affirme qu’il faut un réel soutien humain et dans le temps pour que ces études soient utiles pour les politiques publiques. Il y a aujourd’hui très peu d’organismes qui travaillent sur ce sujet, et de personnes qualifiées dans ce domaine.

Présentation du site métabolisme urbain de Paris

Le site du métabolisme urbain de Paris a été créé en 2014 par la Ville de Paris, il permet une visualisation des flux de matières parisiens et régionaux en 2010 et 2015. Une nouvelle version a été mise à jour en 2020 qui s’appuie sur une comptabilité matière (accessible sur le site) réalisé par Cité Source. Ce site d’adresse à tous publics avec différentes narrations pour garantir une bonne autonomie à l’utilisateur.

                                                   

                                                     

Une visualisation des flux de matières 2010 et 2015 à Paris. Source : site du métabolisme urbain de Paris.

Le site permet également la visualisation des stocks de matériaux dans les bâtiments et les réseaux de la ville pour 2015 (infographie interactive).

Pour aller plus loin : 

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