GIEC : ce que contient le rapport spécial pour une gestion durable des sols

Support et ressource nécessaire à toutes les activités humaines, les sols sont au cœur des bouleversements dus au changement climatique. Les expertes et experts du GIEC alertent sur l’état des sols et poussent à l’action.

Sol craquelé
© Micaela Parente / Unsplash

Entre le 2 et le 8 août 2019, une délégation représentant les 195 États membres du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) a approuvé point par point le résumé du rapport spécial sur les sols à destination des décideurs politiques. Ce condensé du rapport scientifique présente la situation de l’ensemble des terres émergées. Indispensables à l’humanité, elles sont à la fois victimes et responsables du changement climatique. Elles permettent de capter une grande quantité de CO2, mais leur utilisation actuelle est aussi génératrice de gaz à effet de serre (GES). Aujourd’hui, 70 % des sols sont affectés par les activités humaines : il est donc nécessaire de mettre en place une gestion durable de nos terres qui subissent une pression constante du fait de l’augmentation de la population et de nos modes de vie.

La dégradation des sols, une situation préoccupante dans un contexte de changement climatique

Les experts du GIEC estiment qu’un quart des terres sont dégradées : érosion des zones côtières, désertification, déforestation ou encore fonte du permafrost, les risques en cascade sont de plus en plus importants. Non seulement les sols sont modifiés par les activités humaines – agriculture, foresterie, urbanisation… mais également par le changement climatique. La multiplication des évènements extrêmes, tels que les sécheresses ou les inondations, contribue à la dégradation des sols. Les scientifiques ont remarqué dans les zones tropicales une baisse des rendements agricoles due à la désertification, qui pourrait s’étendre à d’autres zones géographiques. Cela poserait de réels problèmes de sécurité alimentaire d’autant plus que la qualité nutritionnelle des productions diminue.

La dégradation des sols a aussi un impact sur le climat à l’échelle locale. Dans les zones désertiques, la température augmente plus rapidement car il y a peu de végétation. Ces changements de température favorisent la propagation d’épidémies et de parasites qui menacent la biodiversité et les écosystèmes. De même, l’urbanisation continue des terres accroît le réchauffement climatique et le phénomène d’îlot de chaleur urbain car les sols sont artificiels et non perméables. Ainsi, la température des terres augmente deux fois plus vite que la moyenne mondiale.

Enfin, les sols dégradés stockent de moins en moins de CO2 ; ils ne peuvent plus jouer correctement leur rôle de puits de carbone, nécessaire à la lutte contre le changement climatique. Ce phénomène est exacerbé dans les zones où la végétation est très faible. Il est donc urgent d’arrêter la déforestation, notamment en modifiant nos habitudes alimentaires. Les régimes très carnés nécessitent de grandes surfaces agricoles pour nourrir le bétail, poussant à la destruction des forêts.  

L’agriculture, une utilisation des sols très émettrice

L’agriculture – qui occupe 35 % de l’ensemble des terres émergées – est l’un des principaux postes d’émission de gaz à effet de serre (23 %). Si le CO2 est le GES le plus connu, ce sont deux autres gaz, beaucoup plus polluants, qui sont majoritairement émis avec l’agriculture. 44 % des émissions de méthane (CH4) anthropiques proviennent des surfaces agricoles. En cause, l’intensification de l’élevage mais aussi de la riziculture. Encore plus préoccupant, le dioxyde d’azote (N2O) : 88 % des émissions de N2O anthropiques sont dus à l’agriculture et notamment à une mauvaise utilisation d’engrais chimiques. L’agriculture intensive représente 70 % de la consommation mondiale d’eau douce et contribue à l’appauvrissement et à la dégradation des sols. Le GIEC estime que la vitesse d’érosion des surfaces agricoles est 10 à 100 fois supérieure à la vitesse de formation des sols, réduisant les espaces cultivables et menaçant la sécurité alimentaire.

Une partie de cette pression sur les terres pourrait être évitée. Le rapport du GIEC estime que 25 à 30 % de la nourriture produite est gaspillée.

Vers une meilleure gestion des sols : quelles solutions ? 

Les experts du GIEC mettent l’accent sur les bénéfices qu’une meilleure gestion des sols auraient, tant sur les écosystèmes que pour les humains. Le rapport analyse les solutions disponibles pour faire face aux pressions sur les sols, tout en contribuant à l’adaptation et à l’atténuation du changement climatique.  

La reforestation permet de lutter contre la désertification. Les arbres, par leur capacité de rétention d’eau, limitent les sécheresses : ils contribuent aussi à améliorer la fertilité du sol et à séquestrer du carbone. Il est même possible d’associer arbres et cultures agricoles grâce à l’agroforesterie. Cette technique, préconisée par le GIEC, permet de lutter contre l’érosion et la salinisation des sols. Elle s’inspire, comme l’agroécologie, de l’intelligence des écosystèmes en diversifiant les cultures, pour une plus grande résilience et une meilleure productivité. Ainsi, ces solutions ne nécessitent pas une reconversion ou un changement d’usage de ces sols. 

Que fait Paris pour préserver les sols ?

Le plus gros impact parisien sur la qualité des sols n’est pas à Paris ! En effet, c’est l’alimentation des Parisiennes et Parisiens, aussi responsable de près de 20 % du Bilan Carbone de Paris. Pour diminuer cette empreinte carbone et écologique, le Plan Climat vise à ce qu’en 2050, 75 % des denrées alimentaires consommées à Paris proviennent du bassin parisien, en favorisant le développement de l’agriculture urbaine et biologique. La Stratégie d’Alimentation Durable encourage l’adoption de régimes flexitariens – c’est-à-dire une baisse de la consommation de viande –  pour diminuer les émissions de GES liées à la consommation alimentaire. 

Contre l’effet d’îlot de chaleur urbain, l’objectif de plantation de 20 000 arbres pour 2020 est en passe d’être atteint. À terme, 40 % du territoire parisien correspondra à des surfaces perméables et végétalisées. C’est l’objectif du Plan ParisPluie : faire de la capitale une ville perméable en mettant en place des revêtements de sols qui permettent l’infiltration de l’eau pour une plus grande résilience.