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« Il faisait 36 °C dans ma chambre » : vivre la canicule dans un logement inadapté
Les épisodes de canicules ont rendu l'été difficile pour beaucoup de personnes. Mais la chaleur ne se vit pas de la même manière selon la typologie du bâti, l’état de santé et les ressources financières. Un logement sous les toits, mal ventilé, très vitré ou sans volets peut transformer quelques jours de canicule en une épreuve invivable qui se prolonge jour et nuit. Lorsque l’on dispose de peu de ressources pour réaliser des travaux, s’équiper ou changer de logement, les possibilités sont limitées. En fonction de l’âge, d’une situation de handicap ou d’une vulnérabilité particulière, la canicule peut être vécue très difficilement. Les huit témoignages recueillis auprès de ménages accompagnés par Paris Énergie Solidarité racontent cette réalité de l'intérieur.
Un logement qui ne permet pas de se mettre à l’abri
« J’ai beaucoup souffert de la chaleur, mais aussi du bruit et des odeurs avec les fenêtres ouvertes », témoigne Marie1, 64 ans, retraitée et locataire. Pour Sarah, 42 ans, salariée et locataire d’un studio, c’est l’accumulation de la chaleur qui a rendu la situation particulièrement difficile : « Du fait de l’inertie thermique, je n’ai eu aucun répit. Mon logement ne dispose ni de double vitrage, ni de volet, il est exposé plein sud et sa ventilation mécanique est insuffisante. » Son témoignage illustre une difficulté importante de l’habitabilité d’été : la température extérieure peut commencer à baisser sans que le logement retrouve immédiatement une température supportable. Lorsque les parois et les matériaux ont accumulé la chaleur, celle-ci continue à se diffuser à l’intérieur du logement. C’est pourquoi il est recommandé après un épisode caniculaire de laisser ses fenêtres ouvertes nuit et jour quand les températures redescendent, afin que la chaleur s’évacue correctement.
La situation est encore différente pour François, 50 ans. Son logement se situe au sixième étage, directement sous un toit en zinc, il fait 5m² soit bien en-deçà de la surface minimum obligatoire (9m²). Trois des quatre murs de la pièce donnent sur l’extérieur et ne sont pas isolés. Avec une seule petite fenêtre, il ne peut pas créer de courant d’air.
La chaleur était étouffante, me faisant transpirer sans même bouger et rendant le sommeil très difficile. Ma pièce conservait la chaleur comme une marmite.
Pour tenter de supporter ces épisodes, François faisait fonctionner un ventilateur, se passait un linge humide sur le corps et, parfois, demandait à des amis de l’héberger pour pouvoir dormir et récupérer.
À l’autre extrémité du bâtiment, le rez-de-chaussée n’est pas nécessairement synonyme de fraîcheur. Irène, propriétaire et bénéficiaire de l’Allocation Adulte Handicapé, vit dans un appartement très mal isolé, avec de nombreuses baies vitrées. Cet été, elle y a relevé jusqu’à 44 °C. L’hiver, la température peut au contraire descendre jusqu’à 12 °C malgré le chauffage. Elle a installé des rideaux et végétalisé la façade comme elle le pouvait, mais constate que ces solutions ne peuvent pas remplacer une véritable rénovation énergétique.
Ces situations montrent que l’habitabilité d’été ne dépend pas d’un seul facteur. Orientation, toiture, isolation, vitrages, protections solaires, ventilation, inertie thermique : les caractéristiques du logement peuvent toutes contribuer à rendre la chaleur plus ou moins supportable.
44,7°, c’est la température relevée chez Irène lors d’un des épisodes de canicule cet été 2026.
Des solutions limitées pour se protéger
Face à la chaleur, les ménages développent des stratégies parfois très concrètes et efficaces pour se protéger : fermer les fenêtres et les volets lorsqu’ils en ont, créer une brise avec un ventilateur, placer des protections sur les vitres des fenêtres, humidifier son corps, chercher un endroit plus frais. Mais ces solutions ont leurs limites, et parfois l’urgence de la situation nécessite d’avoir recours à des systèmes de refroidissement actif, comme la climatisation.
Pour Jean-Baptiste, 32 ans, photographe, la climatisation a permis de faire face à la chaleur, mais au prix d’une forte augmentation de ses dépenses d’électricité. « J’ai très mal vécu la canicule, j’ai des factures d’électricité qui ont explosé parce que j’avais une petite clim, mais c’était insupportable de survivre sans. » La chaleur l’a également empêché de travailler depuis chez lui.
Pour Anaïs, la question n’est pas seulement celle de trouver une solution technique : elle est aussi financière. Propriétaire de son logement, acheté à crédit lorsqu’elle avait un emploi, elle explique que celui-ci lui coûte aujourd’hui trop cher compte tenu de ses revenus. Bénéficiaire du RSA, elle n’a pas les moyens de faire installer des volets.
La situation de François montre les limites des solutions accessibles à très court terme. Après plusieurs jours de chaleur, le ventilateur ne suffit plus à lui permettre de récupérer. Il a dû demander à des amis de l’héberger certaines nuits. Sans emploi et sans possibilité de changer de logement, il estime qu’une petite climatisation sera nécessaire pour affronter les prochaines canicules.
Le statut d’occupation du logement joue également un rôle important. Lorsqu’on est locataire, les possibilités de transformer son logement sont limitées. Sarah, locataire de son studio depuis 2008, est par ailleurs confrontée à une procédure d’expulsion et doit quitter son logement dans un délai de quatre mois. Dans ces conditions, engager des améliorations importantes dans le logement n’est pas évident.
Pour Allan, locataire d’un studio, au chômage, les possibilités d’amélioration de son logement semblent également limitées. Il décrit une situation dans laquelle le DPE fourni par sa propriétaire est passé de G à D en seulement trois mois, alors que la situation réelle du logement n’a pas évolué. Au-delà de la question des travaux, son témoignage soulève un autre obstacle : celui de l’accès au logement et de la possibilité de déménager « Les portes de sortie sont difficiles quand on sait que la discrimination demeure forte dans le logement. » En effet, un test de discrimination rendu public le 25 janvier 2026 par l’association SOS Racisme révèle que près d’une agence immobilière sur deux accepte ou facilite la discrimination raciale dans l’accès au logement2. Plus compliqué ainsi de se projeter dans une démarche de déménagement en tant que personne concernée.
Si la chaleur touche tout le monde, la capacité à s’en protéger reste donc très inégalement répartie. Même être propriétaire ne signifie pas nécessairement avoir les moyens d’agir. Les témoignages d’Anaïs et d’Irène vont dans ce sens, en montrant que l’accès à la propriété peut coexister avec des ressources limitées et des logements nécessitant des travaux de rénovation et d’adaptation importants.
[Série technique] – Les protections solaires extérieures en copropriété pour lutter contre la surchauffe des bâtiments et des logements
Avec le réchauffement climatique, les étés sont de plus en plus chauds et les vagues de chaleur tendent à s’intensifier et à être de plus en plus fréquentes. L’adaptation des bâtiments à ces évolutions climatiques est donc essentielle pour garantir une habitabilité en période estivale dans les logements. Différentes solutions permettent d’adapter les bâtiments et les logements et de limiter leur surchauffe. Les protections solaires font partie de ce panel de solutions.
Adapter son habitat pour être autonome chez soi avec MaPrimeAdapt’
Garantir aux personnes âgées et aux personnes handicapées des conditions d’accessibilité dans leur habitation est essentiel pour lutter contre l’isolement et retarder la perte d’autonomie. Pour adapter son logement et son immeuble à ses capacités et ses besoins, l’État propose l’aide financière MaPrimeAdapt’.
Dans certaines copropriétés, les habitants tentent aussi de s’organiser collectivement.
Myriam, 54 ans, propriétaire et bénéficiaire du RSA, raconte ainsi une forte entraide entre voisins pendant l’épisode de chaleur : partage d’astuces, échange de couvertures de survie, surveillance d’un voisin très âgé. Sa copropriété a beaucoup échangé autour des moyens de se protéger de la chaleur. Ces solidarités peuvent apporter un soutien précieux. Elles ne remplacent toutefois pas les travaux nécessaires lorsque le logement présente des défauts structurels. Une personne de l’immeuble a ainsi dû dormir dans sa cave pour se rafraichir.
[Fiche] Je deviens Relai Canicule dans mon immeuble ou mon quartier !
Guides et fiches pratiques
Vous souhaitez aider vos voisins, voisines et proches à mieux vivre les fortes chaleurs ? Cette fiche vous donnera tous…
L’habitabilité d’été, un nouvel enjeu de la précarité énergétique
Ces retours d’expérience invitent à élargir la manière dont on pense la précarité énergétique. Traditionnellement associée à la difficulté à se chauffer correctement en hiver, elle concerne aussi la capacité à maintenir des conditions de vie acceptables lorsque les températures extérieures deviennent très élevées.
Alors quel’adaptation à la chaleur devient la principale réponse, elle ne peut être dissociée des contraintes auxquelles sont confrontées les ménages : ressources limitées, statut de locataire, impossibilité de déménager, difficultés liées à la copropriété ou état de santé. Lorsque le logement ne protège plus de la chaleur, les conséquences dépassent largement une simple sensation d’inconfort et engendrent sommeil perturbé, fatigue, stress, agravations des problématiques de santé, allant dans les cas les plus graves jusqu’au décès. Plus de 8 000 personnes sont mortes en France en lien avec la chaleur lors des canicules de 2026 selon Santé Publique France.3
Face à des épisodes de chaleur appelés à devenir plus fréquents et plus intenses, améliorer l’habitabilité d’été devient donc un enjeu à part entière de la lutte contre la précarité énergétique. La rénovation des logements doit permettre de mieux se protéger du froid en hiver, mais aussi de la chaleur en été. Et pour les ménages qui disposent de peu de marges de manœuvre, l’enjeu est particulièrement important, il s’agit de pouvoir continuer à vivre dignement, voire à survivre, lorsque les températures deviennent extrêmes.
Les témoignages recueillis montrent que les situations de froid et de chaleur peuvent se cumuler dans un même logement. Un logement peut monter jusqu’à 44 °C en été et connaître 12 °C en hiver, malgré le chauffage. Les solutions à court terme sont nombreuses mais elles ne se substituent pas à une rénovation énergétique globale des bâtiments.
Le sujet dépasse donc la seule question de la climatisation. Protéger les logements contre la chaleur suppose de travailler sur leur enveloppe, leur isolation, les protections solaires, les vitrages, la ventilation et, plus largement sur leur capacité à rester habitables lors des épisodes de forte chaleur. Le dispositif Paris Energie Solidarité permet d’orienter les ménages vers ces solutions plus durables mais aussi de les accompagner à court et moyen terme vers des solutions permettant de mieux vivre dans son logement.
Vous aussi vous êtes concerné par ces difficultés ?
Quelque soit votre situation, l’Agence Parisienne du Climat peut vous accompagner dans vos démarches.
En tant qu’Espace France Rénov’, l’Agence Parisienne du Climat offre un service de conseil gratuit, neutre et indépendant sur les questions énergétiques et climatiques. Elle accompagne les Parisiennes et les Parisiens dans leurs projets de rénovation énergétique à deux niveaux : celui de la copropriété et celui du logement.
Votre logement est mal isolé ? Vous avez du mal à vous chauffer, utilisez un chauffage d’appoint ou ne vous chauffez plus ? Humidité, moisissure, factures d’énergie difficiles à payer ? Vous pensez être en situation de précarité énergétique mais vous n’en êtes pas sûr ? Contactez-nous ! Nous pouvons vous aider à y voir plus clair et vous accompagner dans vos démarches.
Débuter mon projet et connaître les aides avec France Rénov’
Avec la mise en place progressive de l’interdiction de louer des logements classés en passoire thermique, l’augmentation régulière du coût de l’énergie et la nécessaire adaptation au changement climatique, la rénovation énergétique des logements devient un sujet prioritaire pour de nombreux propriétaires.
La performance énergétique des bâtiments résidentiels est déterminante pour lutter contre le changement climatique. À Paris, près de 1,5 millions de logements sont à l’origine d’environ 10 % des émissions de gaz à effet de serre du territoire.