« Il faisait 36 °C dans ma chambre » : vivre la canicule dans un logement inadapté

publié le 30 septembre 2026

11 min

© pressmaster/Adobe Stock

Les épisodes de canicules ont rendu l'été difficile pour beaucoup de personnes. Mais la chaleur ne se vit pas de la même manière selon la typologie du bâti, l’état de santé et les ressources financières. Un logement sous les toits, mal ventilé, très vitré ou sans volets peut transformer quelques jours de canicule en une épreuve invivable qui se prolonge jour et nuit. Lorsque l’on dispose de peu de ressources pour réaliser des travaux, s’équiper ou changer de logement, les possibilités sont limitées. En fonction de l’âge, d’une situation de handicap ou d’une vulnérabilité particulière, la canicule peut être vécue très difficilement. Les huit témoignages recueillis auprès de ménages accompagnés par Paris Énergie Solidarité racontent cette réalité de l'intérieur.

Un logement qui ne permet pas de se mettre à l’abri

« J’ai beaucoup souffert de la chaleur, mais aussi du bruit et des odeurs avec les fenêtres ouvertes », témoigne Marie1, 64 ans, retraitée et locataire. Pour Sarah, 42 ans, salariée et locataire d’un studio, c’est l’accumulation de la chaleur qui a rendu la situation particulièrement difficile : « Du fait de l’inertie thermique, je n’ai eu aucun répit. Mon logement ne dispose ni de double vitrage, ni de volet, il est exposé plein sud et sa ventilation mécanique est insuffisante. » Son témoignage illustre une difficulté importante de l’habitabilité d’été : la température extérieure peut commencer à baisser sans que le logement retrouve immédiatement une température supportable. Lorsque les parois et les matériaux ont accumulé la chaleur, celle-ci continue à se diffuser à l’intérieur du logement. C’est pourquoi il est recommandé après un épisode caniculaire de laisser ses fenêtres ouvertes nuit et jour quand les températures redescendent, afin que la chaleur s’évacue correctement.

La situation est encore différente pour François, 50 ans. Son logement se situe au sixième étage, directement sous un toit en zinc, il fait 5m² soit bien en-deçà de la surface minimum obligatoire (9m²). Trois des quatre murs de la pièce donnent sur l’extérieur et ne sont pas isolés. Avec une seule petite fenêtre, il ne peut pas créer de courant d’air.

La chaleur était étouffante, me faisant transpirer sans même bouger et rendant le sommeil très difficile. Ma pièce conservait la chaleur comme une marmite.

Pour tenter de supporter ces épisodes, François faisait fonctionner un ventilateur, se passait un linge humide sur le corps et, parfois, demandait à des amis de l’héberger pour pouvoir dormir et récupérer.

À l’autre extrémité du bâtiment, le rez-de-chaussée n’est pas nécessairement synonyme de fraîcheur. Irène, propriétaire et bénéficiaire de l’Allocation Adulte Handicapé, vit dans un appartement très mal isolé, avec de nombreuses baies vitrées. Cet été, elle y a relevé jusqu’à 44 °C. L’hiver, la température peut au contraire descendre jusqu’à 12 °C malgré le chauffage. Elle a installé des rideaux et végétalisé la façade comme elle le pouvait, mais constate que ces solutions ne peuvent pas remplacer une véritable rénovation énergétique.

Ces situations montrent que l’habitabilité d’été ne dépend pas d’un seul facteur. Orientation, toiture, isolation, vitrages, protections solaires, ventilation, inertie thermique : les caractéristiques du logement peuvent toutes contribuer à rendre la chaleur plus ou moins supportable.

44,7°, c’est la température relevée chez Irène lors d’un des épisodes de canicule cet été 2026.

Des solutions limitées pour se protéger

Face à la chaleur, les ménages développent des stratégies parfois très concrètes et efficaces pour se protéger : fermer les fenêtres et les volets lorsqu’ils en ont, créer une brise avec un ventilateur, placer des protections sur les vitres des fenêtres, humidifier son corps, chercher un endroit plus frais. Mais ces solutions ont leurs limites, et parfois l’urgence de la situation nécessite d’avoir recours à des systèmes de refroidissement actif, comme la climatisation.

Si la chaleur touche tout le monde, la capacité à s’en protéger reste donc très inégalement répartie. Même être propriétaire ne signifie pas nécessairement avoir les moyens d’agir. Les témoignages d’Anaïs et d’Irène vont dans ce sens, en montrant que l’accès à la propriété peut coexister avec des ressources limitées et des logements nécessitant des travaux de rénovation et d’adaptation importants.

Dans certaines copropriétés, les habitants tentent aussi de s’organiser collectivement.

Myriam, 54 ans, propriétaire et bénéficiaire du RSA, raconte ainsi une forte entraide entre voisins pendant l’épisode de chaleur : partage d’astuces, échange de couvertures de survie, surveillance d’un voisin très âgé. Sa copropriété a beaucoup échangé autour des moyens de se protéger de la chaleur. Ces solidarités peuvent apporter un soutien précieux. Elles ne remplacent toutefois pas les travaux nécessaires lorsque le logement présente des défauts structurels. Une personne de l’immeuble a ainsi dû dormir dans sa cave pour se rafraichir.

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L’habitabilité d’été, un nouvel enjeu de la précarité énergétique

Ces retours d’expérience invitent à élargir la manière dont on pense la précarité énergétique. Traditionnellement associée à la difficulté à se chauffer correctement en hiver, elle concerne aussi la capacité à maintenir des conditions de vie acceptables lorsque les températures extérieures deviennent très élevées.

Alors que l’adaptation à la chaleur devient la principale réponse, elle ne peut être dissociée des contraintes auxquelles sont confrontées les ménages : ressources limitées, statut de locataire, impossibilité de déménager, difficultés liées à la copropriété ou état de santé. Lorsque le logement ne protège plus de la chaleur, les conséquences dépassent largement une simple sensation d’inconfort et engendrent sommeil perturbé, fatigue, stress, agravations des problématiques de santé, allant dans les cas les plus graves jusqu’au décès. Plus de 8 000 personnes sont mortes en France en lien avec la chaleur lors des canicules de 2026 selon Santé Publique France.3

Face à des épisodes de chaleur appelés à devenir plus fréquents et plus intenses, améliorer l’habitabilité d’été devient donc un enjeu à part entière de la lutte contre la précarité énergétique. La rénovation des logements doit permettre de mieux se protéger du froid en hiver, mais aussi de la chaleur en été. Et pour les ménages qui disposent de peu de marges de manœuvre, l’enjeu est particulièrement important, il s’agit de pouvoir continuer à vivre dignement, voire à survivre, lorsque les températures deviennent extrêmes.

Les témoignages recueillis montrent que les situations de froid et de chaleur peuvent se cumuler dans un même logement. Un logement peut monter jusqu’à 44 °C en été et connaître 12 °C en hiver, malgré le chauffage. Les solutions à court terme sont nombreuses mais elles ne se substituent pas à une rénovation énergétique globale des bâtiments.

Le sujet dépasse donc la seule question de la climatisation. Protéger les logements contre la chaleur suppose de travailler sur leur enveloppe, leur isolation, les protections solaires, les vitrages, la ventilation et, plus largement sur leur capacité à rester habitables lors des épisodes de forte chaleur. Le dispositif Paris Energie Solidarité permet d’orienter les ménages vers ces solutions plus durables mais aussi de les accompagner à court et moyen terme vers des solutions permettant de mieux vivre dans son logement.

Vous aussi vous êtes concerné par ces difficultés ?

Quelque soit votre situation, l’Agence Parisienne du Climat peut vous accompagner dans vos démarches.

  1. En tant qu’Espace France Rénov’, l’Agence Parisienne du Climat offre un service de conseil gratuit, neutre et indépendant sur les questions énergétiques et climatiques. Elle accompagne les Parisiennes et les Parisiens dans leurs projets de rénovation énergétique à deux niveaux : celui de la copropriété et celui du logement.
  2. Votre logement est mal isolé ? Vous avez du mal à vous chauffer, utilisez un chauffage d’appoint ou ne vous chauffez plus ? Humidité, moisissure, factures d’énergie difficiles à payer ? Vous pensez être en situation de précarité énergétique mais vous n’en êtes pas sûr ? Contactez-nous ! Nous pouvons vous aider à y voir plus clair et vous accompagner dans vos démarches.