Retour sur les premières visites à domicile de PES : une diversité de situations reflétant les enjeux de la précarité énergétique !
Depuis février 2026, les premières visites de l'équipe Paris Énergie Solidarité ont commencé. Au total 8 visites ont été réalisées dans 6 arrondissements chez des locataires du parc privé. Ces exemples de situations rencontrées, nous permettent d'identifier plus en détails les contours de la précarité énergétique à Paris.
Les premières observations révèlent une hétérogénéité de situations, allant des difficultés de paiement de factures d’énergie, jusqu’à des situations d’insalubrité en passant par de la non-décence1. Les profils des personnes visitées sont aussi divers en âge (de 20 à plus de 50 ans) et en activité (salarié, chômage, alternant). De nombreuses similitudes sont également présentes parmi les ménages rencontrés. La plupart vivent seul, dans des passoires énergétiques (Diagnostic de Performance Énergétique F), ont un loyer dépassant l’indice de référence de l’encadrement des loyers et ont reçu un congé d’expulsion.
Antoine – des conseils pour optimiser sa consommation d’énergie et faire valoir ses droits
Antoine habite au cinquième et dernier étage d’un immeuble haussmannien dans le 19ᵉ arrondissement. Son logement a une superficie de 15 m² pour un loyer de 670 €.
Il est entré dans ce logement en juin 2023 lorsqu’il était encore étudiant. Lors de la remise du bail, aucun DPE ne lui a été transmis, il ne savait alors pas que ce document était obligatoire. Depuis, il a obtenu un DPE dont l’étiquette est classée F. Il est en chauffage électrique individuel, ses radiateurs sont des convecteurs électriques très consommateurs.
Antoine a sollicité Paris Énergie Solidarité pour connaitre ses droits et ses devoirs en tant que locataire, vérifier l’encadrement de son loyer et recevoir des conseils pour faire des économies d’énergie et baisser sa facture d’électricité.
L’équipe en charge de la visite a vérifié le plafond du loyer de référence majoré à ne pas dépasser sur le site dédié de la ville de Paris, et constaté qu’il est plafonné à 439,50€, le montant de dépassement de son loyer est de 230,50€. Un signalement a donc été effectué auprès des services de la Ville de Paris. Les chargés de visite ont également donné des informations et des conseils pour optimiser au mieux son chauffage : ne pas éteindre complètement son radiateur pendant une courte absence, aérer le logement pour éviter l’humidité au moins 10mn par jour, régler son ballon d’eau chaude durant les heures creuses puisqu’il a un abonnement heures pleines/heures creuses, baisser de 1 degré pour faire 7% d’économie d’énergie, etc.
Ces conseils sont transmis dans une démarche préventive car in fine, la situation d’Antoine est à surveiller, mais elle n’est pas encore préoccupante. Comme 28% des logements parisiens2, son logement a été diagnostiqué comme faisant partie des « passoires thermiques », c’est-à-dire qu’il a une étiquette F ou G. Il est considéré comme non décent, toutefois il est en bon état et bien entretenu. Antoine a la capacité financière de payer son loyer, ses factures d’énergie et d’atteindre une température satisfaisante dans son logement. Pour ce type de profil, la bascule vers une situation critique de précarité énergétique peut survenir lors d’un événement personnel ou professionnel entraînant une perte de moyens financiers. À date, sa situation n’est pas alarmante.
Hugo et Amina – de l’inconfort de vivre dans un logement humide
L’humidité dans le logement est un indicateur fréquent de précarité énergétique et de nombreux ménages sollicitent le dispositif Paris Énergie Solidarité pour ce problème. Amina et Hugo y sont tous les deux confrontées.
Locataire dans le 17ᵉ arrondissement, Amina vit dans un deux pièces de 28 m² qui ne possède pas de système de ventilation autre que ses fenêtres. Sa cuisine, située dans une aile, donne sur un petit balcon dont le mur est extrêmement déperditif. La porte en bois, s’ouvrant sur le balcon, est noire de moisissure, le fond des placards de la cuisine aussi. Il y fait très froid l’hiver, car la chaleur peine à pénétrer dans la pièce qui n’est pas chauffée et se trouve à l’écart du reste du logement.
Chez Hugo, la première chose que l’on perçoit en entrant dans son logement est l’humidité, l’air est vicié. Le taux d’humidité constaté au moment de la visite est de 82 %, alors que le taux d’humidité idéal pour un logement est compris entre 40 % et 60 %. Le locataire ne fait plus sécher son linge à l’intérieur de l’appartement et préfère utiliser un sèche-linge en laverie automatique. Son compagnon ayant des problèmes respiratoires, l’Agence Parisienne du Climat l’a orienté vers un conseiller médical en environnement d’intérieur afin de vérifier que l’air ambiant ne vienne pas aggraver sa pathologie. Une mise en relation avec l’ADIL de Paris, qui est, dans cette situation, la plus adaptée pour faire un point sur l’encadrement de son loyer et l’obligation légale du propriétaire de lui fournir un DPE, a également été effectuée.
Comme pour Antoine, l’équipe de Paris Énergie Solidarité a envoyé un mail à sa propriétaire afin de la renseigner sur les aides existantes à destination des propriétaires bailleurs. Les deux mails sont restés sans réponse de la part des propriétaires.
Housnia et Marine – Des locataires menacées d’expulsion
Housnia et Marine ont des situations assez similaires. Elles vivent toutes les deux dans la même copropriété que leur propriétaire bailleur et ont reçu un congé d’expulsion pour vente. Les deux congés ont été transmis à la suite de leurs plaintes concernant l’état de leur logement. Si le logement de Housnia est petit (14 m²), dangereux – l’électricité pas aux normes, la locataire reçoit des décharges électriques en allumant ses plaques de cuisson – la situation de Marine relève carrément de l’insalubrité.
Son logement, dont la surface habitable déclarée est de 9m²3 , en fait en réalité 7,5m². Le chauffage et le frigo dysfonctionnent. Une de ses deux fenêtres est un velux ancien dont la menuiserie est en mauvais état. Les rares équipements présents dans le logement sont vétustes et le propriétaire n’y prête pas attention.
Autre fait commun, les deux locataires sont surveillées par leur propriétaire. Celui de Housnia lui reproche parfois son absence au domicile (se basant sur ses volets fermés) et estime qu’elle ne se rend pas compte du privilège qu’elle a d’être logée à loyer modéré. Son loyer est pourtant de 715 € pour 14m² et dépasse l’encadrement des loyers. Marine a, quant à elle, déjà subi une intrusion à son domicile de la part de sa gardienne alors qu’elle était chez elle. La gardienne est entrée après avoir pris soin de toquer deux fois à la porte, prétendument pour vérifier l’état du logement à la demande du propriétaire, ce qui est illégal et constitue une violation de domicile. Ici, la violence sociale se superpose au mal-logement.
Pour ces deux situations, les chargées de mission de l’Agence Parisienne du Climat ont fait le point sur les démarches déjà effectuées par les locataires auprès de l’Espace Solidarité Habitat de la Fondation du Logement des défavorisés. Cet espace est le lieu d’accompagnement privilégié des personnes en situation d’expulsion car il leur apporte une aide juridique précieuse. L’équipe a également orienté Marine vers la Maison des solidarités pour effectuer une demande de Droit au Logement Opposable (DALO)3 car sa situation la rend prioritaire. Pour Housnia, l’Agence lui a suggéré de faire un signalement auprès du Service Technique de l’Habitat afin de vérifier son installation électrique. Ce dispositif de la Ville de Paris intervient pour évaluer et constater les problèmes liés à la salubrité, la sécurité et les risques bâtimentaires dans les logements et immeubles parisiens. Il permet d’alerter officiellement le bailleur et d’engager les procédures nécessaires pour remédier aux situations.
Des solutions existent pour lutter contre la précarité énergétique
Comme Antoine, Hugo, Amina, Housnia et Marine, de nombreuses Parisiennes et Parisiens sont confrontés à la précarité énergétique. Cela peut-être des problématiques de froid en hiver, une surchauffe en été, une humidité excessive et des conditions de logement indécent.
Si vous êtes dans cette situation, ou vous connaissez une personne qui pourrait s’y trouver, n’hésitez pas à contacter Paris Énergie Solidarité. Nos équipes pourront vous aider à analyser votre situation, vous donner des conseils pratiques, et vous apporter un accompagnement vers des solutions adaptées à votre situation, pour réduire vos factures d’énergie et améliorer le confort de votre logement.
Vous rencontrez des difficultés similaires ? Contactez Paris Énergie Solidarité
Le dispositif permet de faire le point sur votre situation et de vous accompagner et orienter vers des solutions adaptées.
- [1] Un logement décent est un logement qui répond aux caractéristiques définies par le décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 présentent les caractéristiques de non-décence. Ces caractéristiques portent sur la surface minimale du logement, le chauffage, l’électricité, l’eau chaude sanitaire, la ventilation, la luminosité etc.
- [2] Les diagnostics de performance énergétique des logements du Grand Paris – Étiquettes DPE et caractéristiques des « passoires thermiques » après l’arrêté du 25 mars 2024
- [3] La surface légale minimum obligatoire pour la location en France est de 9 m² pour une pièce principale avec une hauteur sous plafond d’au moins 2,20 mètres.
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[4] Le recours Dalo est réservé à certains demandeurs de logement social. Seuls ces demandeurs peuvent en bénéficier. Le recours Dalo doit leur permettre d’être reconnus prioritaires pour l’attribution d’un logement social.
Source : Droit au logement opposable (Dalo) : faire valoir son droit à un logement – En Île-de-France | Service Public