Végétalisation en cœur d’îlot dans une copropriété parisienne

publié le 20 juillet 2022

9 min

Jardin créé par la copropriété dans la cour de l'immeuble
Jardin créé par la copropriété dans la cour de l'immeuble

Une copropriété du 5e arrondissement de Paris a réalisé en juin 2022 un projet de végétalisation dans sa cour d’immeuble. Ce projet permet d’améliorer le cadre de vie des copropriétaires et de favoriser la biodiversité. L’Agence Parisienne du Climat s’est entretenue avec les copropriétaires porteur·euses de ce projet.

Face à l’enjeu crucial de réchauffement des températures urbaines, la Ville de Paris a fait le choix d’accroître la présence de végétation en ville, notamment avec son Plan Arbre adopté au Conseil de Paris en octobre 2021. L’objectif ? Recréer des espaces de fraîcheur dans l’espace public. Cependant, un enjeu fort réside dans l’habitat privé, constitué à 80 % de copropriétés à Paris. La végétalisation en cœur d’îlot représente alors un réel défi.
Une petite copropriété de 7 logements située dans le 5e arrondissement a choisi de relever ce défi au printemps 2022 et l’Agence Parisienne du Climat est partie à la rencontre de deux copropriétaires, M. Viré et Mme Guennoc, alors que les travaux étaient presque terminés.

À l’origine du projet

Qui est à l’origine du projet de végétalisation de la cour ?

« C’est nous avec une autre copropriétaire ! Nous avons porté le projet depuis le début en tant que Conseil Syndical. » 

Pourquoi avez-vous choisi de végétaliser votre cour d’immeuble ?

« Nous avons un intérêt fort pour la biodiversité. En effet nous aimerions que notre cour devienne un refuge LPO ! Nous avons beaucoup d’oiseaux qui viennent.

Aussi, la cour centrale de la copropriété voisine fait 48m² et est très végétalisée, il y a notamment un très bel arbre, qui était menacé d’être coupé. En effet le jardin mitoyen était menacé d’être remplacé par un parking. C’est ainsi que notre projet est né ! Il a mûri une vingtaine d’années. Nous pensons qu’il serait bien de protéger ces cours mitoyennes et d’en faire un Espace Vert Protégé (EVP). Pour être classé EVP, un espace vert doit faire au moins 50m². Avec la cour actuelle on arrive à créer une continuité écologique avec la cour voisine, d’une superficie supérieure à 50m². L’idéal serait de mutualiser les 2 cours ! »

Vue sur la cour voisine très végétale
Vue sur la cour voisine très végétale

Une continuité écologique existante entre les deux cours © Agence Parisienne du Climat

Ce serait intéressant d’avoir l’historique de ces cours, peut-être étaient-elles à l’origine d’un seul tenant ?

« Les immeubles du 32, 30 et 28 rue Vauquelin ont été construits avec 20 ans d’écart : notre immeuble ainsi que le 28 datent de 1881 tandis que l’immeuble qui fait l’angle avec la rue Claude Bernard (le 32 rue Vauquelin) a été construit peu après 1860. L’annexe qui ferme la cour en arrière de la parcelle du 28 rue Vauquelin a été construite en 1900. Il s’agit d’un lotissement qui a été crée progressivement. Les cours étaient donc surement d’un seul tenant au début du 19e siècle, avant que les immeubles ne soient construits. »  

Est-ce que les autres copropriétaires ont adhéré au projet ? A-t-il fallu les convaincre ?

« Tous les copropriétaires vivent dans l’immeuble et étaient d’accord pour végétaliser la cour. En effet, le projet a été voté presque à l’unanimité en Assemblée Générale à l’automne 2021. Comme le budget était inférieur au seuil de 3 000 € fixé par la copropriété pour le Conseil Syndical, nous n’avons pas eu besoin de revoter le budget.

Cependant, c’est un projet que nous avions soumis il y a 10 ans et à l’époque nous n’avions pas su convaincre les autres propriétaires. »

Y a-t-il eu des conflits d’usage ?

« Il n’y a pas eu de conflit d’usage puisqu’il y avait déjà des pots de fleurs à l’emplacement de l’espace planté aujourd’hui. L’objectif était d’avoir le même espace en pleine terre. »

Le projet

Qui a fait la conception du projet ?

« Nous avons conçu le projet de A à Z. Nous avons fait le croquis avec les différentes mesures de l’espace à creuser. Pour la palette végétale, nous avions déjà plein de plantes en pot que nous envisagions de replanter. »

Y a-t-il eu une étude de faisabilité ?

« Nous n’avons pas fait d’étude, ce n’était pas nécessaire pour un tel projet. Étant historien, je suis bien renseigné sur le passé du sol parisien. Ici, nous sommes à l’emplacement d’anciens jardins : il n’y a pas de ferraillage dans le sol. Notre seule crainte était qu’il y ait un fontis sous la loge car le mur de celle-ci comporte des fissures, elle s’affaisse. Aujourd’hui nous avons évincé cette hypothèse.

Aussi, il n’y a pas de risque de pollution du sol car d’après la cartographie des anciennes industries, nous ne sommes pas concerné·es. »

Quels types d’entreprises ont été impliqués ? Quelle entreprise a été choisie ?

« Nous avons embauché un auto-entrepreneur maçon, M. Denis, qui a fait tous les travaux, accompagné par un collègue.

En ce qui concerne les matériaux, nous nous sommes fourni·es en terreau chez le fleuriste du marché Maubert, à proximité de chez nous. Ce terreau permet de retenir l’eau pendant les périodes de grandes sécheresses. Il n’y avait pas de terre arable disponible en sous-sol, uniquement un lit de tout venant et des gravas de chaux.

Nous nous sommes également procuré·es des briquettes à la tuilerie Thibault afin d’avoir de jolies bordures de jardin. »

Quels travaux ont été réalisés ?

« Tout d’abord, il a fallu réaliser le terrassement : retirer le bitume et creuser. Nous avons donc d’abord tracé les lignes délimitant le jardin et placé du gros scotch pour qu’elles restent visibles. »

Limites du jardin avec du scotch
Limites du jardin avec du scotch

Etape 1 : Délimiter le jardin © M. et Mme Guennoc / Copropriétaires

« M. Denis a ensuite découpé le bitume avec une disqueuse. Le travail était très propre : aucun bord effrité ni de cassure. »

Les ouvriers ont retiré le bitume
Les ouvriers ont retiré le bitume

Etape 2 : Retirer le bitume et nettoyer la surface © M. et Mme Guennoc / Copropriétaires

« En dessous du bitume il y avait un lit de tout venant, des gravas de chaux. Nous avons ensuite nettoyé puis creusé 50 à 60 cm de profondeur. Ensuite, nous avons placé les briquettes pour faire les bordures de jardin. »

Pose des briquettes qui servent de bordures de jardin
Pose des briquettes qui servent de bordures de jardin

Etape 3 : Création de bordures de jardin avec les briquettes © M. et Mme Guennoc / Copropriétaires

« Enfin, nous avons ajouté le terreau et commencé à planter ! »

Etape de plantation
Etape de plantation

Etape 4 : Ajouter du terreau et commencer à planter ! © M. et Mme Guennoc / Copropriétaires

Combien de temps ont duré les travaux ?

« Le terrassement ainsi que le débarrassage du sous-sol ont globalement pris une journée de travail. Il a fallu moins de temps pour la pose des briquettes. Pour ce qui est des plantations, nous les ferons au fur et à mesure. »

Quelle est la superficie de l’espace végétalisé ?

« Sur un total de 50m² de cour (loge comprise), nous avons un jardin de 11m² ! C’est un petit espace mais cela témoigne du fait que ce n’est pas impossible de végétaliser sa cour même si elle est très petite ! »

Quelles sont les contraintes techniques éventuelles que vous avez pu rencontrer ?

« Il ne fallait pas s’approcher à moins de 2 m de la façade car sinon il peut y avoir des problèmes d’infiltration de l’eau. Nous avons aussi pris en compte le fait que nos petits enfants jouent dans la cour quand ils nous rendent visite. Ainsi, comme nous avons mis des briquettes pour délimiter le jardin, nous les avons reprises au niveau des arêtes pour qu’elles ne soient pas coupantes. »

Y a-t-il eu des contraintes vis-à-vis de la direction de l’urbanisme ?

« Non car nous n’avions pas besoin d’une quelconque autorisation pour faire des travaux dans notre cour d’immeuble. »

Concernant les autorisations d’urbanisme, la situation est différente selon les projets. Dans le cas d’une cour d’immeuble en pleine terre, l’espace étant privé, il n’y a pas besoin d’autorisation. En revanche, pour les projets de végétalisation en façade ou en toiture il est nécessaire de faire une déclaration préalable de travaux. Il y aura également besoin d’une demande de permis de construire pour les projets de végétalisation qui comprennent une surélévation.

Combien ont coûté les travaux ?

« En tout, le terrassement, l’achat et la pose des briquettes ainsi que l’achat du terreau ont coûté 2 000 €. Dans le détail, le terrassement a coûté 750 €, les briquettes ont coûté 340 € et leur pose 590 €. Le terreau a coûté 315 €. »

Comment allez-vous entretenir le jardin ? Avez-vous envisagé un point d’eau dans la cour ?

« C’est moi qui vais entretenir le jardin. Je m’occupais déjà de la cour lorsque nous avions des pots car j’ai la main verte ! Nous avons d’ores et déjà une fontaine dans notre cour avec laquelle nous arrosions les plantes en pot. »

Avez-vous bénéficié d’un accompagnement quelconque ? Aviez-vous connaissance de certaines subventions ?

« Non, nous avons porté le projet nous-mêmes et n’avons pas eu besoin d’accompagnement particulier. Nous n’avions pas connaissance d’éventuelles subventions, pour un tel projet nous n’y avons pas pensé. »

Qu’avez-vous fait du bitume ? L’avez-vous réutilisé ?

« Le bitume a été emmené en décharge contrôlée. »

La copropriété a-t-elle d’autres projets pour la suite ?

« Nous envisageons potentiellement de rénover la loge qui est actuellement inhabitable. Aussi, nous avons plusieurs bacs de lombricompostage et nous comptons bien continuer à les utiliser. »

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez découvrir d’autres exemples de végétalisation en milieu urbain, rendez-vous sur la plateforme Adaptaville qui recense des solutions d’adaptation au changement climatique, et notamment des solutions basées sur la végétalisation ! Vous découvrirez ainsi la solution Asphalte Jungle qui consiste à créer des jardins urbains avec peu d’entretien et du réemploi des matériaux.