[Série technique] – Episode #8 : Isoler sa toiture par l’extérieur avec le sarking

publié le 14 décembre 2023

11 min

La rénovation globale d’une copropriété comprend souvent l’isolation de la toiture. Le sarking - l’isolation d’une toiture rampante par l’extérieur - est une des méthodes existantes pour ce poste de travaux très important afin d’optimiser la performance énergétique d’un projet de rénovation globale. Voyons ensemble quels sont les avantages et contraintes liés à cette méthode, ainsi que les différentes étapes de sa mise en œuvre.

Le sarking : une solution pour rénover les toitures rampantes

Les immeubles des 30 glorieuses, moins contraignants à rénover d’un point de vue technique, ont une toiture plate dite « terrasse » qui est isolée par l’extérieur lors de la rénovation de la copropriété.

Cependant, à Paris, près de 35 000 copropriétés ont une toiture rampante. Cela représente 80% des copropriétés parisiennes. Il y a donc un enjeu de taille sur l’isolation de ces toitures rampantes, et l’une des solutions possibles est celle du sarking, qui consiste à isoler une toiture rampante par l’extérieur. 

Cette méthode a été utilisée lors de la rénovation du 18 rue Championnet dans le 18e arrondissement.

Nous nous sommes entretenus avec M. Gruss, maître d’œuvre du projet de rénovation ambitieux du 18 rue Championnet. Il s’agit d’un immeuble ancien construit au début du XXe siècle, avec une toiture en zinc. M. Gruss nous précise qu’au 18 rue Championnet, « il y a des brisis partout » : la méthode sarking a été utilisée à la fois sur les brisis et les terrassons.

Sur les immeubles anciens parisiens, on retrouve fréquemment la typologie de toiture avec brisis et terrasson, notamment sur les immeubles haussmanniens.

Toiture parisienne en zinc avec brisis et terrasson. Le brisis est la partie pentue avec les fenêtres tandis que le terrasson est la partie plus plate avec les cheminées. La séparation entre les deux s’appelle la ligne de brisis. Crédit : ©Pixabay – pmadelenat

Qu’est-ce que le sarking ?

L’isolation des toitures rampantes peut se faire de différentes manières :

Pour optimiser au maximum la performance énergétique de la rénovation de la toiture, il est possible de combiner à la fois l’isolation entre les chevrons par l’intérieur et la méthode sarking par l’extérieur. Cela permet d’augmenter l’épaisseur totale d’isolant ! 

Le sarking consiste finalement à isoler une toiture rampante par l’extérieur en venant appliquer un isolant sur la charpente existante, sous la couverture.

M. Gruss

A savoir pour comprendre la suite de cet article :

Il existe différents types de sarking : les caissons chevronnés et les plaques d’isolant. 

Les caissons chevronnés

Ce sont des plaques 3 en 1 constituées de 3 couches qui sont respectivement :

En raison de leur taille et de leur poids, ce n’est pas la méthode la plus adaptée dans le cadre d’une rénovation. Ces panneaux dits « trilattes » sont plutôt adaptés pour la construction neuve. 

Schéma d’un caisson chevronné : l’isolant repose sur une sous-face. Un panneau le recouvre.. Crédit : ©ARTPRIM – M. Gruss

Les plaques d’isolant

Il peut s’agir d’isolants biosourcésminéraux de type laine de roche, ou encore synthétiques de type polyuréthane.

Ces plaques sont associées à d’autres couches qui constituent ensemble le complexe d’isolation, de bas en haut :

Elles sont donc moins complètes que les caissons chevronnés et sont plus adaptées pour la rénovation.

Photo d’une plaque d’isolant pour sarking qui va être déposée sur les chevrons qui constituent la charpente existante. Crédit : ©ARTPRIM – M. Gruss

Pour l’immeuble du 18 rue Championnet, c’est la 2e solution qui a été choisie avec du polyuréthane d’épaisseur 13cm (R=6m².K/W). 

Quelles sont les étapes de mise en œuvre

Etape 1 : Mise à nu de la charpente et vérification de son état

Il est nécessaire de commencer par retirer la couverture afin de pouvoir mettre la charpente à nu.

Il est important de vérifier l’état de la charpente et prévoir le remplacement éventuel de certains chevrons.

M. Gruss

Réalisation de l’isolation

Le complexe d’isolation repose sur la charpente. Il est composé des différents éléments cités précédemment. 

En fonction de la résistance thermique souhaitée, il est possible de mettre plusieurs couches d’isolant. S’il y a une fenêtre dans la toiture, alors on prévoit un chevêtre dans le sarking pour pouvoir réinsérer la fenêtre.

M. Gruss

Reconstituer la toiture

Une fois l’isolant posé, un voligeage est réalisé afin de créer un nouveau plancher support pour la couverture.  Une fois ce voligeage réalisé, on vient poser la couverture dessus.

Ecorché – maquette de l’Agence Parisienne du Climat montrant l’isolation de la toiture rampante via la méthode sarking – © Créalogique

Pourquoi choisir la méthode sarking ?

La méthode sarking possède de nombreux avantages. M. Gruss nous en a énumérés quelques-uns :

La contrainte principale : l’enjeu patrimonial

L’isolation des toitures rampantes parisiennes par l’extérieur pose question quant à la conservation du patrimoine urbain parisien.

En effet, comme nous le mentionnions plus haut, le sarking implique la superposition de couches sur la charpente. Ainsi, « une sur-hauteur de 15 à 20 cm au niveau de la gouttière apparaît », nous indique M. Gruss. C’est notamment le cas pour la toiture de la copropriété du 18 rue Caffarelli, dans le 3e arrondissement.

Le sarking peut cependant être perçu comme une certaine atteinte à la valeur patrimoniale de l’immeuble, notamment parce que les tuiles qui constituent la couverture ne tombent pas directement sur la corniche.

18 rue Caffarelli (Paris 3e) avant rénovation de la toiture : la gouttière repose directement sur la corniche. ©ARTPRIM – M. Gruss
18 rue Cafarelli (Paris 3e) après le sarking : la gouttière et la corniche sont séparées par la sur-hauteur due à l’épaisseur de l’isolation. La sur-hauteur est habillée en zinc. ©ARTPRIM – M. Gruss

Le sarking peut également créer une bande de rive, ce n’est pas forcément le cas avec un isolant mince.

18 rue Championnet (Paris 18e). Illustration de la bande de rive plus haute due à l’épaisseur de l’isolant. Crédit : ©ARTPRIM – M. Gruss

Celle-ci peut cependant être habillée avec le matériau qui constitue la couverture : 

18 rue Cafarelli / 3 rue Perrée (Paris 3e). La sur-hauteur (épaisseur Sarking) due à l’isolation (double flèche rouge) a été habillée avec du zinc. Crédit : ©ARTPRIM – M. Gruss

Pour conclure : une solution efficace mais qui nécessite des démarches pour faire accepter le projet

Le sarking est donc une solution technique efficace pour améliorer la performance énergétique des bâtiments anciens, notamment à Paris où une très grande majorité des bâtiments datent d’avant 1945. Aussi, cette méthode semble pouvoir proposer des alternatives esthétiques intéressantes pour allier rénovation et patrimoine comme le montrent les exemples fournis par M. Gruss.

Ces immeubles sont toutefois soumis à une protection importante en raison de leur valeur patrimoniale. Le PLU parisien autorise la «saillie» en toiture. La surépaisseur due au sarking est donc théoriquement autorisée sous réserve d’une insertion harmonieuse par rapport au bâti existant et au cadre bâti.

Cette règlementation en faveur du sarking n’empêche cependant pas le traitement des dossiers au cas par cas. Il est donc recommandé d’entamer le dialogue avec l’administration le plus tôt possible, qu’il s’agisse des ABF (Architectes des Bâtiments de France) ou de la Direction de l’Urbanisme de la Ville de Paris. 

Pour favoriser l’acceptation du projet :

Pour aller plus loin

PLU

Il est possible de retrouver l’ensemble de ces éléments dans le PLU parisien et son Guide environnemental d’application.

Si vous avez un projet de rénovation à l’échelle de votre copropriété ou des questions sur cette méthode de rénovation, vous pouvez inscrire votre copropriété sur la plateforme CoachCopro, une conseillère ou un conseiller de l’Agence Parisienne du Climat prendra contact avec vous pour vous guider dans vos démarches. 

Liens ressources

Retrouvez les épisodes précédents de cette série technique